OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Dans les coulisses d’Un Etrange Printemps http://owni.fr/2011/03/29/dans-les-coulisses-dun-etrange-printemps/ http://owni.fr/2011/03/29/dans-les-coulisses-dun-etrange-printemps/#comments Tue, 29 Mar 2011 09:50:21 +0000 Owni Music http://owni.fr/?p=31384 Matthieu Jaussaud est un acteur infatigable de la vie nocturne parisienne. Avec Plaqué Or, il organise depuis des années les soirées qui comptent dans la capitale. Parmi celles-ci, Un Etrange Printemps, qui aura lieu le 31 mars à la Machine au profit du Sidaction et en association avec Adam Love, Sauvequiprod et Technopol. Il nous explique son implication dans la mise en place de cette soirée par comme les autres.

Peux tu nous présenter ta structure, Plaqué Or, et son implication dans l’événement Un Etrange Printemps ?

Plaqué Or est depuis 9 ans un collectif d’artistes activistes. Le collectif est à l’origine de beaucoup d’évènements: After Boudoir @ Bains Douches, Minuit à la Maroquinerie, Kiss the Karpet @ Pulp, Noir @ Rex club, Rediscover @ Rex club, Electropet @ la Java, My House @ Batofar avec Jef K et Shade, After the Rain avec le label Pschent, Electro Park @ Villette Numérique (cité des sciences), les Nuits capitales et la pétition “Paris: Quand La Nuit Meurt en Silence” …. Plus de 600 artistes bookés et près de 400 événements organisés en font une association incontournable des nuits Parisiennes. Les Étranges soirées sont une idée originale de Plaqué Or qui a dès la première édition en 2003, proposé à son ami Adam Love de l’organiser avec lui, puis un an plus tard à son autre ami, Julien Ragnotti, qui rejoindra l’équipe en 2004. Plaqué Or a toujours eu comme objectif de fédérer les publics et les genres. C’est donc naturellement que cette idée de “Noël des dj’s au profit de la lutte contre le sida” nous est venue.

Quel est l’objectif de la soirée un Etrange Printemps pour Plaqué Or ?

L’objectif est de montrer que la scène électronique et ses clivages sont capables de se fédérer autour d’une problématique qui a touché le monde de la nuit depuis les années 80, qui correspondent à avènement du clubbing et de la house. Trop de grands noms de la musique nous ont quitté trop tôt (djs, promoteurs, journalistes), touchés par le Sida, qui dans les années 80, n’avait pas encore de traitement efficace.

Comment travaillez vous à l’organisation de la soirée (timing, booking, partenariats etc) ?

De nombreux bénévoles nous aident à l’organisation, qui est répartie par compétence… la production, l’artistique, la communication…. L’agence Sauvequiprod coordonne l’ensemble avec nous. Mais le format hors norme de cet évènement demande que tout le monde joue le jeu.

Les soutiens sont-ils nombreux ? Globalement est-il facile de sensibiliser les gens (public, institutions) à un tel événement ?

Il n’y a qu’à voir la partie “partenaires” pour comprendre que globalement l’ensemble des artistes, médias ou acteurs se mobilisent pour l’évènement. L’ensemble des organisateurs, régisseurs et artistes sont bénévoles, et les “petits plus” (décoration, visuels et projections, voitures pour les artistes) nous sont gracieusement offerts par nos partenaires ! Cet événement se prépare en général en 1 ou 2 mois, délai qui ne permet pas le soutien des institutionnels, qui ont malgré tout été invité à venir participer à l’événement.

Comment vous impliquez-vous au-delà de la soirée ? Quelles sont vos actions à plus long terme ?

La soirée peut permettre de financer un programme du Sidaction sur un an, ce qui est déjà beaucoup ! L’organisation d’ “Un Étrange Printemps” demande beaucoup d’investissement, car nous travaillons deux mois sur celui-ci… Au delà de la soirée je participe régulièrement à des conférences, forums ou manifestations, notamment via Act Up Paris, que nous avons souvent soutenu dans nos évènements caritatifs.

Retrouvez toutes les informations sur la soirée Un Etrange Printemps ici.

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“Un Etrange Printemps, ça va être un sacré patchwork” http://owni.fr/2011/03/28/un-etrange-printemps-ca-va-etre-un-sacre-patchwork/ http://owni.fr/2011/03/28/un-etrange-printemps-ca-va-etre-un-sacre-patchwork/#comments Mon, 28 Mar 2011 14:33:38 +0000 Loïc Dumoulin-Richet http://owni.fr/?p=31371 Ainsi que vous avez pu le lire sur le site, OWNImusic est fier de s’associer à la soirée Un Etrange Printemps, qui aura lieu le 31 mars à La Machine du Moulin Rouge au profit du Sidaction.


A cette occasion, nous avons rencontré Stéphane Vatinel, figure de la nuit parisienne et entrepreneur du monde du spectacle qui évoque pour nous son riche parcours, ainsi que son engagement pour la cause du Sidaction, pour lequel il met sa salle à disposition le temps d’une nuit de clubbing qui s’annonce exceptionnel. Rendez-vous ce jeudi pour danser… et faire une bonne action !


Stéphane Vatinel, vous être le directeur de la Machine du Moulin Rouge. Quel est votre parcours jusqu’à aujourd’hui ?

SV : Il y a 19 ans, j’ai monté un premier lieu qui s’appelle Glazart. La volonté était de créer de la mixité autour d’un projet culturel, dans lequel nous allions réunir différents types d’expressions artistiques, avec différents publics.
Nous ne voulions pas nous enfermer dans un discours : “Moi je suis une salle de concert, moi je suis une galerie, moi je suis un théâtre, moi je suis un lieu de formation”. Si l’on se replace dans le contexte des années 90, il n’y en avait pas, ou peu.

Aujourd’hui, ça a fait école puisqu’il y a beaucoup plus de lieux qui travaillent autour de la pluridisciplinarité.
Glazart existe toujours, mais je m’en suis séparé il y a 3 ans, 4 ans. Entre temps avec toute l’équipe de Glazart, nous avons monté une SAS. Mon idée était de monter une société pour racheter un autre lieux. Nous avons alors racheté le Divan du Monde, qui était en déliquescence en 2002 ou 2003. Nous l’avons rénové, retapé, nous avons remis une programmation, une communication. Le lieu a fonctionné très fort, puis nous l’avons revendu en 2008. Avec un certain nombre des salariés de Glazart et du Divan du Monde, nous avons remonté une structure qui s’appelle Sinny Ooko. C’est comme Glazart d’ailleurs. Glazart, signifie “regard sur l’art”, Sinny Ooko signifie “le cinéma et les oreilles”. Tout ça c’est sorti du langage d’Anthony Burgess d’Orange Mecanique, c’est un gimmick sur toutes les structures que nous créons.

Avec Sinny Ooko, nous nous sommes impliqué dans l’univers de la musique et du cinéma. Aujourd’hui avec cette structure, nous sommes programmateurs des concerts de musique de films au festival de Cannes, au festival d’Angoulême, sur les ciné party que l’on fait un peu partout, et en autre chose le Moulin Rouge, où l’on nous a demandé il y a un an et demi de reprendre la Machine, dans une formule, gestion-programmation-organisation de A à Z

Et justement quelle est l’histoire de la Machine ? Comment était ce lieu avant que vous le repreniez ?

SV : C’est un lieu fantastique, c’est la Loco, tout le monde connaît, elle est presque entrée dans le langage courant. Je ne sais même pas si “boite de nuit” ne trouve pas son synonyme dans la Loco. En tout cas ça a percé entre 80 et 82

Au début du siècle, c’était effectivement l’ancien dancing du Moulin Rouge. C’est ensuite devenu le cinéma du Moulin Rouge. Puis dans les années 80, la salle a été reprise par une bande de gars, pour en faire d’abord une salle de concert où il y a eut des artistes illustres comme David Bowie ou Mick Jagger.
Ils ont embrassé avec beaucoup d’intelligence la vague électro des années 85, 87. Laurent Garnier a fait ses premiers vrais sets ici, peut être plus qu’au Rex Club d’une certaine manière. Jusqu’à ce que ça tombe vraiment en désuétude complète dans les années 2010, entre dépôt de bilan et disparition des caisses, il n’y avait plus de programmation… Plus rien. Il y a donc eu un dépôt de bilan puis un rachat de la structure par le Moulin Rouge.

Parce que pendant toutes ces années, ça n’appartenait pas au Moulin Rouge, ni les murs, ni les fonds. Le Moulin Rouge s’en était séparé il y a très longtemps.
Les locaux appartenaient à la famille Dreyfus, qui était propriétaire de tout cet ensemble immobilier, mais les exploitants du Moulin Rouge n’étaient pas propriétaires des biens. Quand le Moulin Rouge a racheté ses murs, ils ont aussi racheté Loco, mais il y avait des exploitants, différents, comme le théâtre ouvert d’ailleurs.

Puisque l’affaire a été portée devant le tribunal, c’est le Moulin Rouge qui a racheté, pour recréer un espace beaucoup plus complexe, entre revue, dîner, lieu de nuit, lieu de concert, restaurant terrasse… donc ils ont voulu racheter ça, et ils m’ont demandé de voir si l’on pouvait s’inscrire dans la nuit parisienne d’aujourd’hui, être moins patrimonial que l’est le Moulin Rouge.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Quel est le lien avec Un Etrange Printemps, qu’est ce qui vous a poussé à vous investir dans ces soirées ?

SV : Matthieu Jaussaud est quelqu’un que je connais depuis longtemps, parce que Julien Ragnotti est venu ici il y a un an pour commencer à produire un certain nombre de spectacles. Il nous a partagé son souhait de faire une soirée spéciale pour défendre des causes comme le Sidaction. Il nous a demandé si nous pouvions mettre à disposition la salle, et ça tombe sous le sens, il y a un lien fort entre cette cause, ce milieu, les gens qui travaillent là-dedans. On a tous conscience que c’est important de pouvoir amener notre contribution en récoltant de l’argent et en continuant à générer une veille sur l’existence du Sida

C’est une belle opération pour vous, mais c’est risqué financièrement ?

SV : Non. Nous donnons la salle, et rémunérons le personnel qui travaille sur l’évènement. Les premiers deniers que nous récupérerons au bar viendront financer le personnel, le reste ira dans les caisses du Sidaction. Les entrées vont elles directement au Sidaction. C’est une vraie notion intelligente de reversement des bénéfices. De vous à moi, il devrait y avoir entre 1000 et 2500 personnes. La salle peut accueillir 1200 personnes et 2000 personnes en turn Over.

Si l’on perd 3000, 4000 voire 5000 euros dans la soirée, ça ne va pas mettre en péril l’existence de la Machine.

Nous n’avons pas pour vocation d’être un lieu qui se met à disposition gracieusement. C’est la première fois que nous le faisons.

Je ne veux pas faire croire que l’on prend des risques inconsidérés. On fait ça dans l’ordre des choses. Le patron du Moulin Rouge était volontaire pour que l’on s’associe à cette opération. C’est comme les artistes qui vont venir, c’est très appréciable de dire : “Aujourd’hui je vais jouer gratuitement, je ne vais pas prendre de cachet”. Tout compte fait on nous propose à tous de venir faire une belle fête ensemble et ça ne nous coûte pas grand chose. Finalement des évènements comme celui là, on devrait en faire bien plus.

Là où c’est beaucoup de travail en revanche, c’est ce que font Plaqué Or, Julien Ragnotti et d’autres qui organisent cette soirée. Ils travaillent beaucoup depuis deux mois sur ce projet. Ils s’impliquent vraiment, alors que nous en tant que salle, nous savons recevoir facilement ce genre d’évènement.

Pour ce qui est de la programmation, on voit le listing des invités s’allonger. Je trouve ça intéressant de voir tout ces gens venir, monter sur scène avec un disque. C’est par contre moins facile de trouver une cohérence artistique sur cet ensemble d’artistes, mais ça va être un sacré patchwork.

Interview réalisée par Loïc Dumoulin-Richet / Retranscription : Romain Saillet

Photos : La Machine

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Tommy Vaudecrane : activiste multi-tâches http://owni.fr/2011/03/15/tommy-vaudecrane-activiste-multi-taches/ http://owni.fr/2011/03/15/tommy-vaudecrane-activiste-multi-taches/#comments Tue, 15 Mar 2011 13:32:27 +0000 Florian Pittion-Rossillon http://owni.fr/?p=31154 La France a toujours été un marché difficile a exploiter pour les acteurs associatifs ou professionnels positionnés sur les musiques électroniques festives. De circulaires ministérielles en pressions informelles, les institutions ont souvent privilégié la répression aveugle sous des motifs divers. Résultat, en 2011 (comme en 1968) la France s’ennuie et les publics festifs de toutes les générations vont festoyer à l’étranger. Mais, à l’heure où la musique électronique est, chez nos voisins proches, une industrie culturelle florissante, et quand cette même musique est le moteur d’une culture de masse, les freins traditionnels commencent à être sérieusement remis en cause.

Technopol, association dédiée au développement des cultures électroniques festives, occupe dans les débats sur la possibilité d’une nuit festive en France une place de choix. C’est un think tank voué à l’action grâce à ses adhérents et son conseil d’administration, aussi bien qu’un organisateur d’évènements. En effet, Technopol a créé et produit rien moins que le plus gros évènement culturel de rue dans Paris intra-muros (après la Fête de la Musique) : la Techno Parade. Réflexion, action, expérience et vision : Technopol se trouve naturellement au cœur de nombre de projets visant à donner aux musiques électroniques festives, enfin, le niveau qu’elles méritent d’avoir en France.

Tommy Vaudecrane, Président de Technopol, rappelle qu’en France, musiques électroniques festives riment d’abord avec engagement. Un engagement dont Henri Maurel, grande figure de la culture electro récemment disparue et jusque là co-Président de Technopol, avait fait la preuve à de nombreuses reprises. Avant de commencer l’interview, Tommy lui rend hommage.

“Cette interview est un échange entre Florian/DJ Speedloader et moi depuis début Décembre 2010. Entre le début et la finalisation de celui-ci, une tragédie à frappé de plein fouet l’association Technopol : la disparition de mon Co-Président, Henri Maurel, également l’un des fondateurs de Technopol en 1996 et l’un des créateurs de la Techno Parade en 1998. C’est avec une très grande peine que nous faisons face à ce moment difficile mais c’est aussi avec une conviction encore plus forte et une détermination encore plus grande que l’association mènera à bien l’ensemble des projets pour lesquels nous avons été élus Henri et moi et que nous portions depuis Juin 2010.

Paix à ton âme Henri et sois-en sûr, nous continuerons le combat !” (Tommy Vaudecrane, mars 2011)

Depuis juin 2010 tu partageais la présidence de Technopol avec Henri Maurel. Cela fait presque 15 ans que cette association est au cœur des nuits françaises, pourtant son rôle reste mal connu. Pourquoi Technopol a-t-il été créé à l’époque et quelles sont ses missions actuelles ?

En fait, en 2011 Technopol soufflera ses 15 bougies mais nous pleurons aussi la perte d’un être qui nous était cher et qui a été un moteur pour l’association et les cultures électroniques depuis plus de 20 ans : Henri Maurel. L’association Technopol a été créée en 1996 par les acteurs historiques des musiques électroniques, dont Henri, qui subissaient une répression politique forte et organisée (circulaire Pasqua de 1995) aussi bien sur les soirées payantes que les free party. Un lobby gouvernemental a été mis en place afin de faire reconnaître les musiques électroniques et c’est en 1998, suite à la publication d’une circulaire interministérielle (Culture, Intérieur & Défense) reconnaissant l’aspect culturel de la musique électronique, que la Techno Parade a été créée afin d’offrir une manifestation festive qui est devenue en 12 ans le plus grand dancefloor à ciel ouvert de France, le temps d’une journée !

Aujourd’hui la nouvelle équipe élue en Juin 2010 travaille sur de nombreux nouveaux chantiers pour continuer d’accompagner les acteurs de la scène dans leur professionnalisation et de défendre les acteurs qui ont encore, aujourd’hui, besoin de nous.

Ces derniers mois on constate un fort retour en arrière et de nombreuses interdiction abusives de soirées électroniques, mêmes légales, dans les différentes régions où le triptyque : Mairie, Gendarmerie, Préfecture fonctionne à merveille !

Est-ce que cela veut dire que, pour la techno comme pour beaucoup de choses en France, rien ne peut être fait sans un étroit contrôle de l’administration ? Est-ce à dire que la création et l’expression culturelle sont subordonnées au bon vouloir du Prince ?

Oui tout à fait, un étroit contrôle, des connivences politiques et une acceptation institutionnelle… Parfois on a l’impression que tout ceci est de la poudre aux yeux. On rencontre les autorités, on a l’impression d’avancer et on se rend compte, qu’autour de nous en fait rien n’avance, voire on ressent une certaine régression… D’un côté une volonté d’expression culturelle soutenue par le Ministère, les DRAC et autre et puis une fermeture quasi totale de la part des Mairies, Gendarmeries et autres Préfectures. Un jeu vicieux est joué à coups de pressions téléphoniques, d’invitation à reconsidérer tel ou tel événement sous prétexte d’ordre public, de drogues et autres raisons fallacieuses jouant sur les peurs basiques auprès de gens ignorants.

D’ailleurs, ces derniers mois on constate un fort retour en arrière et de nombreuses interdiction abusives de soirées électroniques, mêmes légales, dans les différentes régions où le triptyque : Mairie, Gendarmerie, Préfecture fonctionne à merveille ! Un coup la gendarmerie met la pression (officieuse, une sorte d’invitation sans traces, un coup de téléphone suffit) sur le lieu, un autre coup c’est la Mairie (le maire est maître à bord dans sa commune sauf à Paris) et des fois la Préfecture mais c’est rare car les gendarmes et les mairies font très bien leur travail de sape.

Défense, reconnaissance et promotion

Comment Technopol se place, aux côtés des autres acteurs (type syndicats ou autres associations), dans le paysage des instances de la nuit française ?

La mission première de Technopol est la défense, la reconnaissance et la promotion des cultures et musiques électroniques. De fait, notre intervention se fait sur les points relatifs à cette culture et sa place dans la nuit française. La musique électronique ayant une position de plus en plus importante dans le paysage de la nuit française, nous prenons une place de plus en plus importante dans les discussions. Une des illustrations est notre forte implication dans les Etats Généraux de la Nuit et les Nuits Capitales.

Du côté Syndicats et Sociétés Civiles nous commençons à explorer les possibilités de rapprochement avec la SPEDIDAM via le SAMUP ou la CGT Spectacles, notamment sur les questions de statuts du DJ, mais rien n’est acté ou décidé en ce sens. Technopol souhaite rester une structure associative militante indépendante et non politisée.

L’un de nos objectifs est de mettre en place des accords avec certains syndicats ou sociétés civiles afin de faire bénéficier nos membres d’avantages liés à ces organisations.

Nous allons également adhérer à la CSCAD et permettre à nos membres organisateurs d’y adhérer, ce qui leur permettra notamment de bénéficier de tarifs SACEM préférentiels.

Les discussions sont encore complexes, très émotionnelles entre ceux qui veulent dormir tranquille et ceux qui veulent faire la fête.

Est-ce que la connaissance qu’a Technopol de la nuit française lui permet de dégager des particularités régionales, en France ? Ou alors est-ce les questions qui se posent à la nuit sont les mêmes à Paris et à Vesoul ?

Un peu des deux je pense. Suite à la pétition que nous avons lancée « Paris : Quand la Nuit Meurt en Silence » nous avons eu des échos en région notamment à Lyon et Marseille. Partout en France on entend parler de fermetures de bars, de nuisances sonores, de fermetures administratives. Nous avons donc un souci commun aux grandes agglomérations avec l’éternel conflit entre riverains/police et lieux/organisateurs. De plus en plus de villes souhaitent développer ou upgrader leur offre festive nocturne mais les discussions sont encore complexes, très émotionnelles entre ceux qui veulent dormir tranquille et ceux qui veulent faire la fête.

Tommy Vaudecrane, Président de Technopol et passionné des musiques électroniques festives depuis 20 ans.

On constate des difficultés à Lyon par exemple, car les associations n’ont quasiment plus de subventions de la ville et la plupart des événements électroniques sont interdits ou fortement freinés.

On peut également dégager des tendances régionales en effet, avec le développement de la free party légale et parfaitement gérée notamment en Bretagne et dans le Sud de la France, régions qui disposent de magnifiques lieux extérieurs pouvant accueillir ce type de grand rassemblement. Le clubbing a toujours été très développé dans le Nord et l’Est du fait de la proximité de pays comme l’Allemagne, la Belgique, la Suisse et la Hollande avec leurs mégas clubs et rave parties.

Tu rappelles que Technopol travaille beaucoup avec la SPEDIDAM sur les statuts du DJ.  Cela veut-il donc dire qu’il y a un gouffre entre les DJ-dieux vivants à la Guetta, pour qui la musique est une business unit parmi d’autres, et les DJ qui vivent avant tout de leurs prestations ? Car en France en 2011, grâce ou à cause des Guetta, Sinclar et autres, la représentation collective du DJ est qu’il roule sur l’or…

Oui un gouffre, en tout cas sur les sommes touchées lors de représentations publiques par exemple. Un DJ comme ceux que tu viens de citer touche entre 35000 et 75000 euros (voire plus) pour une heure ou deux heures de « non-mix, lève les bras et te décoiffe pas trop ». On est ni dans le djing, ni dans la performance artistique et je trouve personnellement ces sommes démesurées et pas du tout en phase avec le spectacle fourni par ces gens. Sachant que Guetta n’est pas considéré comme DJ mais comme auteur compositeur.

DJ hardcore, drum and bass et autres sons durs

Ton arrivée à ce poste, c’est une des nouvelles expressions de ta passion pour la scène électronique ? Comment cette passion s’exprime-t-elle par ailleurs, depuis que tu es arrivé dans ce milieu ?

Multi-tâches (rires). Les musiques électroniques rythment ma vie et me font vibrer depuis bientôt 20 ans. Ma passion, ma dévotion se traduisent par de nombreuses implications personnelles qu’elles soient artistiques, événementielles ou militantes.

Je suis déjà passé chez Technopol entre 2002 et 2005 en tant qu’administrateur, j’y ai notamment créé l’observatoire de la fête pour recenser les incidents et venir en aide, dans la mesure du possible, aux organisateurs. J’ai également tenté un rapprochement avec la free party, mais ça s’est un peu moins bien passé, disons que notre main tendue n’a pas été si bien accueillie que ça… Et suite à cette main tendue, le premier collectif des sons s’est créé…

Aujourd’hui la scène doit se professionnaliser si elle veut exister comme dans nos pays voisins. J’ai donc de nouveau décidé de mettre mes compétences, mon expérience, ma sensibilité au service des musiques électroniques. C’est l’expression militante de ma passion.

Par ailleurs j’essaie de faire vibrer les gens en tant que DJ hardcore, drum and bass et autres sons durs, depuis près de 17 ans sous le pseudo DJ AK47, et je compose de la musique, notamment avec mon groupe BudBurNerZ (17 maxis et 6 albums). J’organise des soirées avec le collectif Party Uniq depuis 2005 et plus récemment avec la société Bass Nation qui a produit les deux événements Megarave France à l’Elyséee Montmartre.

Tommy Vaudecrane, sous le nom de DJ AK47, est également une des figures de la scène hardcore. Ses prestations foudroient les dancefloors de France et d'Europe depuis le milieu des Rugissantes Années Rave : les années 90.

Alors, question professionnalisation justement, quels sont les métiers qui doivent se développer dans le milieu de la nuit pour rendre celle-ci viable ? Et comment articuler cette professionnalisation avec une présence associative traditionnellement très forte sans qu’il y ait discorde ?

Il faudrait déjà une reconnaissance institutionnelle de certains statuts comme le DJ ou le VJ afin que ceux-ci puissent exercer leur métier en toute tranquillité sans être dans une situation de précarité entre cachets au noir, remboursement de frais et autres arrangements. Qu’ils puissent cotiser pour leur retraite, avoir des congés (sans obligatoirement avoir le statut d’intermittent).

Une ineptie parmi tant d’autres : prenons un DJ amateur passionné, qui exerce un métier la semaine et qui joue le week-end pour son plaisir mais qui est assez connu pour prétendre à une rémunération. Il assure donc un revenu complémentaire grâce au DJing (en plus d’assouvir une passion). Eh bien il a été décidé par le Ministère de la Culture et sous la pression des syndicats, que ce DJ ne pourrait utiliser le statut d’auto-entrepreneur pour facturer et être payé… Alors que ce statut a spécialement été créé pour permettre à des salariés d’avoir un revenu complémentaire… Belle logique n’est-ce pas !

Technopol dispose d’une forte crédibilité à tous les niveaux.

Technopol est une assocation, donc tu es bénévole. Oeuvrer dans les musiques électroniques en France, ça relève forcément de la dévotion ?

Souvent oui car pour la plupart des organisateurs, des artistes et autres acteurs de la scène c’est une passion dans laquelle ils investissent tout leur temps, leurs économies avec souvent de lourdes pertes à la clef. Mais l’associatif est aussi une arme de lobby puissante lorsqu’elle est reconnue et Technopol dispose d’une forte crédibilité à tous les niveaux ce qui permet d’engager des discussions sérieuses et de voir certaines avancées possible.

Et puis après près de 20 ans de plaisir intense apporté par les musiques électroniques, je peux bien donner un peu de mon temps pour que toutes les musiques et cultures soient entendues et représentées !

La Techno Parade est depuis 1998 la vitrine festive de l'action de Technopol.

Que peut-on espérer comme résultat concret et à court terme de l’action de Technopol ?

Nous avons de nombreux chantiers qui concernent les différentes composantes de « l’écosystème électronique ». Nous travaillons par exemple sur le statut du DJ et sa possible affiliation à un syndicat ou une société civile via Technopol. Ces projets font partie de nos « Polarités » qui sont des groupes de réflexion, d’action et de lobby autour des problématiques liées aux différents acteurs de la scène : Organisateurs, Artistes (DJ&VJ), Disquaires, Web Radios, Evénements Eco-Responsables, etc.

Nous avons bon espoir d’obtenir des avancées concrètes en 2011 sur plusieurs de ces points, notamment via notre affiliation avec la CSCAD qui va permettre aux promoteurs membres de Technopol d’y adhérer et de bénéficier de taux SACEM négociés pour les événements en salle et en clubs.

D’un point de vue événements nous allons lancer de nouveaux projets. Nous préparons une semaine de la Techno Parade avec en clôture une Nuit de la Techno digne de ce nom (comme on peut le voir en Suisse en Allemagne, en Hollande ou en Belgique) ! D’ici là, une fête de la musique au pied de la Tour Eiffel avec les Bateaux Parisiens est également prévue.

Expertises professionnelles et passionnées

Tous les projets que tu décris supposent un grand nombre d’expertises au sein de Technopol. Peux-tu préciser comment est structurée l’organisation ?

Technopol dispose de nombreuses expertises chevronnées. Nous avons un conseil d’administration de 15 personnes, toutes professionnelles et passionnées de musiques électroniques qui mettent leurs compétences à disposition de nos membres et de la scène pour mener à bien ces chantiers. Les polarités ont pour référent un membre du CA et nous impliquons également nos adhérents dans les réunions de réflexion. Les membres sont également les bienvenus pour participer à ces réflexions.

A la Techno Parade, on peut voir des bonnes soeurs du couvent de Saint-BPM dispenser la bonne parole au public en liesse.

La scène électronique française, c’est France terre de constrastes, entre les superstars à la Guetta/Sinclar/Garnier et l’apocalypse de la free-party. Une voie du milieu est-elle possible, autre que l’electro-bobo-lounge ?

On pourrait mettre Guetta et Sinclar dans une free et 69DB à la prochaine soirée Unighted pour voir ce que ça donnerait ? (Rires)

Chez Technopol nous avons bon espoir que les choses évoluent en France. Les 15 dernières années électroniques ont été riches et ont fait émerger de nouvelles musiques et surtout de nouvelles pratiques festives. La free party par exemple, a, pour la première fois, offert aux jeunes une réelle alternative au Macumba Night du coin ou aux boîtes select.

De nouveaux espaces festifs, de nouvelles musiques, de nouvelles pratiques de consommation ont émergé. De même que la sortie en boîte de nuit a évolué vers le clubbing et le public est parti découvrir les offres clubbing européennes induisant ainsi des pratiques dites de new clubbing. Tout ceci ayant pris en maturité nous réfléchissons, notamment dans le cadre de nos polarités, à de nouveaux types de fêtes, l’appropriation de nouveaux lieux, notamment en banlieue parisienne avec le Grand Paris. La nuit a toujours su se renouveler et nous espérons y participer !

Historiquement les prix des boissons ont toujours été élevés dans les clubs français.

Peux-tu donner quelques exemples de ce que vont chercher les français à l’étranger ?

On a vu se développer autour de nous en Europe une offre festive nouvelle, propre aux musiques électroniques. Au Nord comme au Sud les villes frontalières ont vu se développer très tôt l’offre festive électronique avec les méga clubs belges et espagnols, les énormes raves hollandaises et allemandes et ce dès le début des années 90. Avec l’arrivée d’Internet et des voyages low costs ces événements ont attiré un plus large public qui voulait rompre avec la monotonie de l’offre festive électronique française. On voit tous les mois plusieurs milliers de français prendre le train, l’avion ou le bus pour aller dans ces mégas événements qui n’ont encore aucun égal en France.

Qu’est-ce que Technopol peut répondre aux jeunes clubbers qui se demandent pourquoi à Paris ils payent leur bière 9 euros alors qu’à Amsterdam elle en coûte 2,50 ?

Historiquement les prix des boissons ont toujours été élevés dans les clubs français car c’est leur moyen de se faire une marge (paraît-il). Pari pas forcément intelligent car du coup, ceci a aussi été un des facteurs de désertion de ces clubs (en plus d’une programmation musicale pauvre et d’une sélection particulière à l’entrée) au bénéfice d’événements type free parties, squat parties, etc…

Amsterdam et la Hollande c’est particulier car c’est aussi le pays d’un des plus grands brasseurs au monde. Mais concrètement, nous sommes l’un des pays avec les prix de consommation les plus élevés en Europe alors que notre culture de l’alcool laisserait à penser le contraire…

Passion et culture de marque

Technopol travaille avec Ableton pour proposer des formations certifiées à des artistes débutants ou confirmés. Quel est le suivi artistique que vous proposez à ceux qui viennent se former chez vous ?

Nous ne proposons pas de suivi artistique, nous donnons les moyens aux artistes qui souhaitent exprimer leur créativité d’apprendre à maîtriser ces outils. Ensuite c’est à eux de créer et de s’intégrer dans le circuit artistique et le courant musical qu’ils souhaitent suivre. Nous donnons juste les moyens d’arriver à l’expression de sa créativité avec les outils modernes. Nous lançons des formations sur Usine, un logiciel de studio français et quasi gratuit et réfléchissons à des formations Cubase ou encore des modules courts sur Traktor, Serato et autres.

La Techno Parade révèle le potentiel festif des créatures de toutes obédiences. Ici : des filles.

On le sait, le développement de la scène électronique passera par un renforcement du lien entre les promoteurs d’évènements et les marques qui en seront les sponsors. Comment Technopol envisage cela ? Comment concilier la passion associative à l’origine de Technopol et les contraintes du marché ?

Chez Technopol nous avons naturellement cette culture du fait de la Techno Parade et de la présence de marques sur cet événement. La cohabitation entre passion et culture de marque n’est pas incompatible à partir du moment où l’association sait jusqu’où elle veut aller en termes de visibilité offerte à une marque partenaire. Nous allons lancer une polarité « Marques et Musiques Electroniques » afin de partager les expériences existantes avec nos membres et de créer une sorte de « hub » pour les marques qui souhaiteraient entrer en contact avec des événements ou acteurs de la scène électronique.

Quelle culture techno peut-on espérer pour la France ?

Une culture électronique débridée, colorée, festive, éclectique et passionnée !

Article initialement publié sur le blog Culture DJ

Crédits photos : Hardlight, Sophie Party Uniq

Crédits photos Techno Parade : Colleen Curnutte, Ollografik, Philippe Leroyer

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Evénement: OWNImusic s’associe à Un Etrange Printemps http://owni.fr/2011/03/14/evenement-ownimusic-sassocie-a-letrange-printemps/ http://owni.fr/2011/03/14/evenement-ownimusic-sassocie-a-letrange-printemps/#comments Mon, 14 Mar 2011 11:57:30 +0000 Owni Music http://owni.fr/?p=30753 OWNImusic a le plaisir de s’associer à l’événement électro de ce mois de mars, la soirée “Un étrange Printemps”, le 31 mars à la Machine du Moulin Rouge à Paris. Nous espérons vous y retrouver nombreux. Ce article sera enrichi jusqu’à l’événement avec des interviews des différents protagonistes.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

RETROUVEZ NOTRE INTERVIEW DE STEPHANE VATINEL, DIRECTEUR DE LA MACHINE, ICI !

RETROUVEZ NOTRE INTERVIEW DE MATTHIEU JAUSSAUD DE PLAQUE OR ET CO-ORGANISATEUR D’UN ETRANGE PRINTEMPS ICI !

De Bob Sinclar à Manu le Malin, en passant par Jennifer Cardini, Benjamin Diamond, Patrick Vidal, Jef K, Radium… ce sont plus de 50 artistes (DJ, performers, VJ…) engagés dans la lutte contre le Sida, que le public pourra retrouver dans les trois salles de la Machine du Moulin Rouge.

A la veille du Sidaction 2011, et dans le cadre des événements de collecte des dons au profit de l’association, une Etrange Soirée est de retour… Né en 2003, cet événement est décliné au gré des saisons ; les précédentes éditions se nommaient ainsi « une Etrange St-Valentin », « un Etrange Noël »… Cette année, c’est un Etrange Printemps ! Organisée par Plaqué Or, Adam Love, Sauvequiprod et produite par l’association Technopol, un Etrange Printemps réunira plus de cinquante artistes issus des musiques électroniques. La Direction de la Machine du Moulin Rouge s’investit également dans la cause en mettant l’ensemble du lieu à disposition et en reversant la totalité des bénéfices qui seront générés aux bars.

Le QR code crée pour l'occasion, et présent sur les supports de communication de l'événement

De la House au Hardcore…

Electro pop-rock, minimale, techno, tech-house, progressive, rave… C’est toute la scène électro qui se donne la main ce soir-là, pour lutter ensemble contre le sida.

Cette édition sera dédiée à Henri Maurel, parti trop tôt le 16 févier dernier

Henri Maurel était le co-président de l’association Technopol (organisatrice de la Techno parade) et fondateur de Radio FG. C’était par ailleurs un activiste hors pair de la liberté d’expression et de la défense des droits de chacun, partisan de « l’utopie » et frondeur passionné pour toutes les causes humanistes dont celle de la lutte contre le Sida.

Le prix d’entrée est une donation obligatoire de 12 € *

Les bénéfices seront reversés à Sidaction, pour financer le projet d’une association africaine ou asiatique, prochainement sélectionné. Les organisateurs des Etranges Soirées assurent la traçabilité de l’attribution des dons, ce qui permet aux donateurs de suivre les avancements et la réalisation du projet.

A propos des Etranges Soirées

“Les Etranges Soirées” est une initiative de Matthieu Jaussaud (Plaqué Or), d’Adam Love et de Julien Ragnotti (Sauvequiprod) qui a vu le jour il y a 8 ans. A ce jour, ce sont déjà plus de 30 000 € de dons immédiats récoltés et reversés à des associations de lutte contre le Sida telles qu’Act Up ou Blue Diamond (via Sidaction). Ces dons ont par exemple, servi à construire un centre de dépistage au Népal sur les seules recettes d’une précédente soirée.

Renseignements et programmation complète : http://www.facebook.com/une.etrange.soiree
La Machine du Moulin Rouge : 90 bd de Clichy, 75018 Paris – Métro : Blanche (ligne 2)
* Tarif prévente

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Luz dessine le clubbing du plaisir http://owni.fr/2011/03/05/luz-dessine-le-clubbing-du-plaisir/ http://owni.fr/2011/03/05/luz-dessine-le-clubbing-du-plaisir/#comments Sat, 05 Mar 2011 08:00:06 +0000 Florian Pittion-Rossillon http://owni.fr/?p=30739 Florian Pittion-Rossillon nous propose une nouvelle interview passionnante d’un acteur de la scène clubbing française. Retrouvez ses autres papiers sur son excellent blog Culture DJ.

Luz est un des piliers de Charlie Hebdo. Dessinateur politique à l’humour acéré, c’est aussi un jouisseur pour qui le DJing est l’occasion de se vautrer dans une luxure d’esthète : celle de transmettre sa vision musicale en faisant danser les gens. Où quand un trentenaire humaniste à la culture rock est arrivé, en prenant les chemins du plaisir, à faire le lien avec les perspectives de l’electro. D’où le jouissif “King of Klub“, dernier recueil en date.

Et quand Luz le caricaturiste politique met son art de l’observation au service de la musique live, il en révèle les plus lointains et primaires soubassements. Et quant à la question ô combien récurrente de l’état du clubbing français, Luz apporte quelques réponses… basées sur le rythme, la basse, et … « une hystérie spatio-metal ». Luz + musique = voyage.

Vous avez une culture très rock. Comment êtes-vous devenu DJ, cette figure de musicien méprisée des rockers ?

Le lien s’est fait tout seul car je suis devenu DJ à une période où le DJ n’était plus méprisé des rockers. C’était la belle affaire des années 2000, après l’arrivée des 2 Many DJs, qui ont eu cette bonne inspiration de mélanger tous les styles musicaux, en passant du coq à l’âne. Je suis arrivé là-dedans par hasard. C’était par l’intermédiaire de l’équipe du magazine Magic. Ils m’ont fait mixer dans une soirée Blur. Ils se sont aperçus que je n’avais passé aucun titre de ce groupe, alors ils ont décrété que j’étais un très bon DJ et qu’il fallait que je recommence.

Ce qui m’a intéressé, c’est le fait de pouvoir transmettre des envies musicales, en établissant un lien de confiance avec le public en face de moi. Et cela sans être ennuyeux… C’est mon obsession depuis que je suis gamin : comment transmettre la musique à des gens qui ne la connaissent pas.

Luz et sa compagne Stéphanie Meylan, photographe

Avec votre expérience, quelle est aujourd’hui votre conception du DJing ?

Mon anti-conception plutôt, c’est ce que m’a dit un DJ rock un jour : « Il faut pouvoir être plus intelligent que ton public ». Je me suis demandé ce que ça pouvait bien signifier… Mais il avait un collier à boules en bois, et en général tu portes assez peu de crédit à quelqu’un qui porte ça. Et j’ai eu la conviction que je ne voulais pas ressembler à ce genre d’individu. Car quand tu mixes, tu amènes une partie de toi-même. Quand tu mixes chez les autres, il faut d’abord écouter les disques chez soi, dans l’intimité. Et la transmission de cette intimité passe aussi par ce que tu veux présenter de toi. Cela change tous les jours, toutes les semaines. Donc un DJ qui sait d’avance ce qu’il va passer, du premier au dernier morceau, ce n’est pas un DJ… OK il sait enchaîner mais sans plus. Tu dois construire une histoire en direct. Donc : improvisation, de telle sorte que, racontant ton histoire, les gens te racontent la leur. Si tout d’un coup il n’y a plus de réaction, ou si au contraire ça réagit sur un morceau, c’est une information, ça a un sens. Et cela change ta manière de raconter l’histoire.

Mise en danger

Très attentif au public donc ?

A mort. Surtout que le premier intérêt de tout cela, c’est cette mise en danger. C’est ce qui m’a tout de suite plu : le fait que les gens voient ton travail en direct, ce que tu n’as pas dans le dessin. Et aussi ce qui est bien, c’est d’accomplir ce rêve d’adolescent, d’arriver et de dire « Bonsoir Paris ! »… quand tu es à Paris. Ou « Bonsoir Dijon ! » quand tu es à Dijon. Donc ça caresse l’égo, à condition de mettre des choses qui viennent de toi. Si tu ne mets que des tubes du moment, OK les gens sont contents, mais qu’as-tu amené de toi ? Être DJ, c’est le meilleur moyen d’aller dans une soirée où il y a de la bonne musique puisque c’est la tienne qui passe. Donc si tu ne passes que ce que les gens attendent, tu finis par passer de la merde. Donc tu passes de la musique que tu défends. Ca m’est arrivé de jouer ce que les gens attendaient, car parfois on se cherche… Mais à quoi ça sert ? Cela dit il ne faut pas être non plus dans le plan ultra-autiste du mec qui ne fait pas attention à ce qu’il y a autour de lui.

Votre meilleur souvenir de mix ?

Le festival Benicassim quand j’ai joué dans la tente Pop. J’avais mixé tard, à 4h du matin. Je devais mixer une heure et demie. Avant ça, ambiance Benicassim, Espagne… J’avais fait Pac Man toute la journée. Tout y est passé. Tout. Les copains me disaient que je ne pouvais pas monter sur scène. Moi ça allait très bien, j’étais super conscient. J’étais dans un état de sur-stonerie et je voyais très bien ce que je voulais faire. J’ai pris les platines. Je me suis lancé dans un show bizarre. Je me suis dessiné sur le corps, des trucs comme ça… A un moment, j’ai passé un morceau des Breeders, et un deuxième, car j’ai raté mon enchaînement avec l’autre morceau que j’avais prévu. Mais personne ne s’en est aperçu tellement les gens étaient à bloc.

Je me suis dit que j’avais fait une connerie devant 2000 personnes.

Bref, tout roulait. A un moment, j’ai eu envie de silence, j’ai mis « Hallelujah » de Jeff Buckley, ça a scotché tout le monde, moi y compris. Je me suis dit que j’avais fait une connerie devant 2000 personnes. Mais les gens se tenaient par la main, s’embrassaient, pleuraient. Tout le monde a eu la même remontée de drogue au même moment. C’était LOVE ! J’en ai encore des frissons. Voilà, ça c’était très intime : on se sent bien ensemble, on teste un truc. Si les gens se sentent bien avec toi, on se sent beaucoup plus libre d’essayer.

Pacman la nuit, Pacman le jour : les deux visages d'un héros très populaire, entre lesquels la joie s'infiltre.

Y-a-t-il une spécificité du DJing à la française (par rapport à un style de DJing des autres pays) ? Si oui laquelle ?

Je n’ai pas l’impression. Ou alors c’est le fait de vouloir faire plus Ed Banger que Ed Banger. Alors ça c’est très français. Et ça c’est très très dur. Surtout quand tu as une soirée en France avec Ed Banger et les clones de Ed Banger réunis. Je me souviens d’une soirée au Rex, comme ça. C’était plus possible.

Justice sur NRJ, c’était comme  une grande victoire.

Mais je trouve ça bien, Ed Banger. Je trouve ça bien qu’il y ait une marque qui signifie à l’international qu’il se passe quelque chose en France, mais aussi qui signifie aux français qu’il se passe quelque chose chez eux. Et que cela traverse la barricade de la radio populaire. La première fois que j’ai entendu Justice sur NRJ, c’était comme  une grande victoire, même si c’est une radio mainstream. Normalement, quand tu es un groupe français qui fait de la musique instrumentale, tu n’es pas sur les ondes, ce que j’ai compris un jour où Jean-Michel Jarre pleurnichait, car il n’est pas considéré comme de la musique française. Donc il ne rentre pas dans les quotas. Alors si la musique française qui ne rentre pas dans les quotas arrive à percer les quotas et devenir mainstream, c’est intéressant. C’est un combat gagné, en tous cas une brèche.

La basse qui malaxe

Quel est le clubber qui est en vous ?

Le clubber en moi est multiple ! En tant que clubber j’aime être surpris. J’aime quand je suis au bar et me faire avoir par le DJ, de telle sorte que je suis attiré sur le dancefloor.

Avec quel genre de musique ?

N’importe laquelle. Cela dit il me faut de la basse. Une basse roulante, un drive. Qui me malaxe les couilles. De la basse physique. Et ça tu l’as dans presque toutes les musiques.

Luz, entre abandon de soi et sauvagerie festive.

Vous êtes très ami avec James Murphy de LCD Soundsystem…

Oui. Il a été étiqueté electro-rock, alors que c’est un discoboy. Il écoute de la disco. Sauf qu’il est passé par le grunge, plein d’autres choses… Mais il a une manière disco. LCD a été très important, car j’ai compris que ce que j’écoutais depuis des années pouvait être joyeux. La première fois que je suis tombé sur le EP « Losing My Edge », j’étais à fond dans le post-punk genre The Fall, du punk intellectuel… Et tout d’un coup j’entends ça, qui est du The Fall avec un truc dans le slip, jouissif, chaloupé. J’aime le chaloupement. C’est ce qui me fait aller sur le dancefloor comme attiré par le joueur de flûte qui attire les rats. Je veux être comme un rat qu’on conduit dans le ravin du dancefloor. Ca c’est vraiment excitant. Donc avec « Losing My Edge », j’ai compris que la musique n’était pas uniquement faite pour écouter chez soi. Il y a une transmission. Un besoin de se libérer de l’écoute intime pour la partager avec les autres sur le dancefloor.

Je veux être comme un rat qu’on conduit dans le ravin du dancefloor.

LCD, c’est la quintessence de ce que j’aime car c’est un passeur. Il assume de dire que sa musique, il ne la crée pas de rien. Il y a des influences Eno, Bowie, disco, punk, pop. C’est une musique qui te dit : « commence par moi, et vas chercher ailleurs ». Un de mes amis m’a dit : « Je suis très jaloux des jeunes gens qui ont découvert la musique avec LCD Soundsystem ». C’est magnifique. Je suis aussi très jaloux… J’ai découvert des choses avec LCD, mais j’en connaissais pas mal. Il a fait naître des auditeurs electro-rock. Ni electro ni rock… ni pop mais pop en même temps. Ni hip-hop mais hip-hop en même temps. Et donc ces auditeurs sont obligés d’aller voir ailleurs pour trouver encore mieux. Il a cette humilité de dire « Je ne suis pas le meilleur groupe du monde. Les meilleurs groupes du monde, je les ai écoutés et ils passent à travers moi ».

Prétention & détention

C’est quoi le problème du clubbing à la française ?

Quand tu es sur le dancefloor en France, il faut pouvoir exprimer au DJ qu’il doit te mériter. C’est insupportable, et c’est très français. Il y a un problème français tout court, le même dans tous les secteurs culturels. La prétention d’être détenteur d’un passé glorieux et de tout mesurer à l’aune de cette référence. On fait la morale à tout le monde et on a du mal à regarder ce qu’on fait nous-mêmes. On se targue de Hugo, de Balzac, d’être un grand pays de littérature alors qu’en la matière on ne fait plus rien depuis des années. En musique électronique, on peut dire qu’il y a eu Daft Punk. So what ? OK, il y a eu ce truc prestigieux car d’un coup l’international nous a regardés.

Luz, qui dessine souvent la Une de Charlie Hebdo, prouve qu'on peut être DJ et avoir de l'humour. Rare.

Les anglais ont quelque chose de très bien : le NME. Un journal où la musique populaire est traitée pour ce qu’elle est : superficielle. Et on en parle de manière superficielle. On assume cette idée. On ne fait pas semblant de croire que la musique, c’est de l’histoire. Les groupes qui sont présentés sont des kleenex, ils se bagarrent entre eux, on leur pose des questions vachardes et après on les jette. Comme les groupes ont conscience d’être des kleenex, ils sont plus libres que les autres. Ils savent qu’on peut les jeter au bout de trois ans, mais qu’au bout de dix ans ils peuvent réapparaître avec un autre projet. Chez  nous, les groupes sont des mouchoirs en soie, on se branle dedans et on les met sous un cadre avec des moulures.

Cette morgue, cette prétention très française se retrouve aussi dans le clubbing. Le clubbing, c’est sérieux.

Je constate ça dans la chanson française : il faut rentrer dans cette petite photo où il y a Brassens, Brel et Ferré, pour être le quatrième… En pop/rock, si c’est chanté en anglais, ça se voudra très sérieux. Cette morgue, cette prétention très française se retrouve aussi dans le clubbing. Le clubbing, c’est sérieux. La manière de prendre des drogues, c’est sérieux. La manière de boire, c’est sérieux.

Il y a des spécificités de culture. L’esprit français, ça existe. Cette petite prétention permanente. Les clubbers français attendent l’excellence. Ils veulent avoir le moment historique. Mais bon, ça suffit ! On est aussi là pour prendre du plaisir ! Alors maintenant qu’à Paris il y a très peu de clubs et qu’ils sont très chers, on va à l’étranger.

Alors il n’y a pas d’espoir pour le clubbing à la française ?

Je n’en sais rien… Un truc qui me fait marrer, c’est quand les gens disent qu’ils ne vont plus en club car les boissons sont trop chères. J’ai envie de leur dire « T’as qu’à danser, connard, et après tu bois un coca ! ». Si aller en club, c’est uniquement pour se saoûler la gueule, tant pis. Après, je ne sais pas vraiment où se situe la faille, en France. C’est moins fun.

Bande kilométrique sous Traktor

Donc vous concevez une scène musicale vouée à l’entertainment ?

Oui. C’est plus simple.

Sachant qu’entertainment, c’est un gros mot, en France.

Ouh là oui, c’est un gros mot ! Moi j’assume la superficialité. En tant que DJ, j’ai le souci de transmettre des « valeurs musicales », une façon d’écouter la musique que j’aime, une sensibilité. Mais si les gens n’aiment pas et restent au bar, ce n’est pas grave. S’ils ne se barrent pas, c’est déjà une bonne soirée pour eux.

Il faut bien ça pour désamorcer l'insupportable charge béni oui-oui de la chanson française...

Mais si tu vas dans un petit club à Paris, tu auras un mec derrière son laptop, qui te regarde avec une condescendance d’insupportable connard. Tu t’en fous, tu es venu danser. Mais tu ne peux pas ! Car son truc, c’est de faire de la bande kilométrique sous Traktor. Et tu te dis, « Qu’est-ce que je fous là, je ne suis pas là pour la musique ?!? », justement d’ailleurs parce que le mec n’est pas là pour la musique. Si le DJ est là pour la musique, il est là pour transmettre quelque chose de la musique. Son petit set sous Traktor, on s’en branle.

Le problème avec Traktor, c’est le niveau de bpm qui est toujours le même.

Est-ce que Traktor est un des drames qui afflige l’art du DJing ?

A fond ! Bon, c’est super pour faire des enchaînements. Je suis désespéré de ne pas savoir faire de vrais mix, je ne serai toute ma vie qu’un selector mineur. Mais le problème avec Traktor, c’est le niveau de bpm qui est toujours le même. 124bpm. Fuck ! En tant que clubber, je veux me faire gifler ! Me faire fouetter ! J’ai envie qu’on m’embarque ailleurs, que ça ne soit pas monorythmique. Ce qui tue le clubbing, c’est le monorythme. Si c’est du très bas bpm, ça peut à la limite t’embarquer dans un truc un peu spatial, tout dépend de ce que tu as fait avant, pendant, et de ce que tu feras peut-être après. Mais si tu fais du Ed Banger ou de la minimale allemande et que tu as toujours le même rythme, finalement, c’est pas plus intéressant que la musique du Buddha Bar. Papier peint sonore. Pour moi le rythme est un élément essentiel du DJing. Jouer avec, pouvoir le casser, le ralentir, l’augmenter, le fracasser. C’est ça qui était intéressant dans les productions de Ed Banger à un certain moment, c’était le cassage de rythme. Du côté de chez Institubes il y a eu des choses pas mal de ce point de vue là aussi. Mais 4 ou 6 heures sur un rythme identique, c’est difficilement tenable.

J’ai dansé là-dessus, qui suis-je ?

C’est pour ça que j’aimais bien les sets de Jean Nippon. Il y a un lien entre le R&B et le hardcore sans que ce soit simplement juxtaposé ! Il m’a foutu en transe ! Comment il a réussi à me faire danser sur du zouk, alors que deux secondes j’étais à bloc sur une hystérie spatio-metal, je ne comprends pas. Il réussit à te faire te surprendre toi-même. Tu te dis, « J’ai dansé là-dessus, qu’est-ce qui s’est passé ? Qui suis-je (rires) ? ». Quand c’est toujours le même rythme, ça arrive difficilement.

La couverture du salvateur "King of Klub", qui démystifie les dieux vivants du DJing à la française.

Quel est votre rapport aux musiciens ? Avez-vous besoin de les idéaliser pour les dessiner comme vous le faites ?

Non, car idéaliser les gens les rend difficiles à dessiner. Par exemple, Philippe Katerine. Quand j’ai voulu le dessiner en concert pendant les premiers morceaux, ça ne marchait pas du tout. Parce que je l’avais déjà beaucoup vu à la télévision, il faisait partie de ma famille visuelle. Genre Sarkozy on le voit tellement à la télévision, on croit que c’est le voisin de palier. On ne remarque plus rien. Si je devais voir un concert de Bowie, ça serait difficile pour moi de le dessiner très vite. Par contre, ce qui est intéressant dans les dessins de concert, c’est de ne pas aller dans le portrait. Alors ça me change de mon travail de caricaturiste. C’est mon repos. Tu n’as pas besoin de faire quelque chose de ressemblant.

Dépassement du corps

Dessiner l’univers de la musique, c’est plus libre ?

Oui car on est dans le reportage. Et on peut mettre en scène du fantasme. C’est pour ça que j’aime bien le travail que je fais avec Stéphanie Meylan (sa compagne, NDA). En concert elle fait des portraits photo très rapprochés. C’est une fan qui voudrait lécher la joue de chaque musicien. Donc moi ça me dégage de l’obligation de faire un dessin ressemblant. Je m’attache donc à la justesse des mouvements, à la bonne représentation de la façon dont quelqu’un veut représenter sa musique sur scène. C’est ça que j’aime dans le live : la manière qu’ont les gens de s’auto-représenter et de représenter leur travail.

Une logique de spectacle pur, donc ?

Oui, parce que si je vais dessiner un concert folk, ça pourra être très joli, mais ça sera sans intérêt. Parce que je ne vais pas bouger… Sauf à de rares exceptions. Comme quand j’ai dessiné Antony and the Johnsons. Il y a un truc qui s’est passé entre moi et, euh… Antony (rires) ! Tout d’un coup il a dégagé un truc, alors qu’il ne fout rien. Il a une tronche, un corps bizarre, mais il est arrivé un dépassement de ce corps que j’ai pu essayer de traduire en dessin.

"Celui qui faire danser les filles saura, en feu le dancefloor mettra." (Tables de la Loi du DJ, verset 66)

Ce que vous dessinez, ce sont les impressions et les émotions liées à ces impressions, plus que du fantasme ?

Oui, plus que du fantasme. Il faut que le concert s’écrive sur moi, pour que je puisse le dessiner.

La réalité de l’énergie

Vous dessinez le passage de l’énergie live sur vous ?

Oui. C’est cette énergie qui est super excitante quand on dessine. Moi je dessine en apnée. A chaque trait, je ne respire pas. Quand tu dessines dans un concert, tu es obligé d’arrêter de danser, à un moment donné. Et c’est génial. Tout d’un coup, tu ressens juste la musique. Et donc le dessin est un moyen de se remplir de l’énergie de l’autre. Et puis je ne suis pas un bon portraitiste, donc je vais vers la caricature. Du coup, j’assume de ne pas traduire la réalité, mais l’énergie. Comme l’énergie ça n’existe pas, la réalité de l’énergie se réinvente en permanence.

En tant que dessinateur politique vous pouvez être très engagé. Mais côté musique, il n’y a pas d’engagement. Est-ce que c’est crédible, d’ailleurs, la musique engagée politiquement ? Avec le recul, on peut dire par exemple que les Clash et leurs agitations marxisantes, c’était petit-bourgeois et compagnie…

Je parlerais plutôt des Dead Kennedys. Il y a une démarche politique précise, et une démarche artistique qui s’assume en dehors de la politique, qui relève plutôt de la manière de chanter du chanteur Jello Biafra. Il montre qu’il a du recul sur son propre discours. Et il y a une manière de jouer en live avec la politique qui est unique. Il se drape toujours dans le discours du salaud, pour le rendre ridicule. Quand Biafra chante, ce n’est pas lui qui chante. Biafra chante les comportements d’une crapule. Sur scène, c’est un grand théâtre… Dans « California Über Alles » (chanson mythique des Dead Kennedys de 1979, portant sur la politique du gouverneur de Californie de l’époque, Jerry Brown – NDA), il imitait Jerry Brown, puis Schwarzenegger. Et il va réimiter Jerry Brown.

Pas besoin de mettre des paroles pour faire de la musique politique.

Bref, ici, la politique, elle est déjà dans la manière de jouer la musique. Pas besoin de mettre des paroles pour faire de la musique politique. La musique politique, ça a du sens. C’est la musique qui n’est pas circonscrite. La musique circonscrite, c’est de la musique fasciste. Genre les derniers albums de Madonna. Elle est dans un genre dont elle ne sort pas. Elle a vocation à drainer les foules non pas pour transmettre quelque chose de la musique mais pour gagner de l’argent. Elle ne donne rien, elle ne partage pas, ne pose pas de questions.

Jello Biafra, chanteur des Dead Kennedys, groupe légendaire du punk américain (ici dans ses jeunes années)

Donc la musique politique, c’est la musique qui questionne, même s’il n’y a pas de paroles qui appellent à la révolution ?

Oui… J’ai un ressenti très particulier quand j’entends certains morceaux, par exemple le premier album de Superpitcher, qui continue de me questionner en permanence. C’est pour moi de la véritable musique politique, parce que ça libère, ça fait avancer sur autre chose. Physiquement, tu peux ressentir de la mélancolie, et donc tu te demandes, « qu’est-ce que ça veut dire de moi ? », et donc on peut trouver des réponses qu’on ne trouvera pas dans un discours politique, et qui feront avancer aussi. Je préfère la musique politique aux chansons politiques.

Chercher les gens

Quel est votre regard sur le vieillissement de la culture rock, avec d’un côté Iggy inamovible et tout en muscles, et de l’autre côté la cohorte qui oscille entre épave et maquillage ? Est-ce que ça peut vieillir autrement qu’en étant un objet de musée ?

En fait Iggy n’est pas un objet de musée. Je l’ai revu il y a quelques mois. Ses concerts sont d’une générosité incroyable. Il donne beaucoup et va chercher le public, le provoque. Il ne fout plus sa bite à l’air, cela dit. C’était une marque de fabrique. Mais s’il foutait encore sa bite à l’air, ça poserait un problème. C’est peut-être plus très joli à voir (Iggy est né en 1947, NDA). Bref, c’était un concert à Paléo, un gros festival suisse. Des gens étaient déçus, car ils venaient voir l’icône, et ils demandaient, « mais comment un type de son âge peut-il faire des choses pareilles ? ». Et là, Iggy était venu chercher les gens, un peu comme Saint Sébastien, tout le temps à montrer son torse, façon de dire aux gens « Réagissez, je suis peut-être votre idole, je suis peut-être un vieux con, mais réagissez, je veux que vous ayez une réaction autre que celle que vous avez d’habitude ».

L'affiche d'une exposition dédiée à "Trois premiers morceaux sans flash", le livre de Stefmel et Luz mêlant photos de concert et dessins. Ici : Iggy, tout en peau.

Et tous les autres ? Ozzy (Ozzy Osbourne, NDA), par exemple.

Ozzy, premier album génial, mais Ozzy on s’en fout (rires) ! Par contre, Suicide, c’est intéressant. Ils vieillissent bien.

La mort la plus horrible, ça serait de tomber dans les tripes d’Alan Vega sans savoir comment en sortir.

Déjà ils vieillissent, c’est bien.

C’est un exploit… Musicalement, même le dernier album de Martin Rev (un des deux membres de Suicide – NDA), sur la mort de sa femme. Il a écrit une musique très symphonique… Le type propose un monde intérieur rare, alors même que c’est du pur rock’n roll. Ils ne se sont jamais demandé s’ils faisaient de la musique électronique. C’est beaucoup plus rock’n roll que les White Stripes. C’est une réinvention. L’album d’Alan Vega (le chanteur de Suicide – NDA) avec Marc Hurtado qui s’appelle « Sniper », c’est hyper bien, à part quelques poncifs. Ils te balancent dans les tréfonds. Vega t’embarque dans ses tripes. D’ailleurs, la mort la plus horrible, ça serait de tomber dans les tripes d’Alan Vega sans savoir comment en sortir. Mais ça serait l’expérience la plus géniale. Voilà, cet album est comme ça (rires). Eux, Suicide, vieillissent bien. Ils ont quelque chose à proposer tellement ils se mettent encore en danger. Le fait de mettre par terre devant les autres son intimité est éminemment politique. Le rock’n roll a été une forme de proposition. Qui, aujourd’hui, fait ce genre de proposition là ? Je ne sais pas si les White Stripes vont bien vieillir. D’ailleurs ils viennent de se séparer. Les Kills, peut-être. Mais c’est déjà vieux. En tous cas ça vieillira beaucoup mieux que les BB Brunes ! (Rires de fin).

Crédit photo “Luz et sa compagne Stéphanie Meylan, photographe” : Renaud Monfourny

Article initialement publié sur Culture DJ

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Quand la Pub s’empare de la culture club http://owni.fr/2011/02/15/quand-la-pub-sempare-de-la-culture-club/ http://owni.fr/2011/02/15/quand-la-pub-sempare-de-la-culture-club/#comments Tue, 15 Feb 2011 10:48:15 +0000 Alexandre Daneau http://owni.fr/?p=30324 Alexandre Daneau est sociologue depuis quelques mois et doctorant à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales). Il décrypte ici l’étrange paradoxe que subissent (ou pas) les sous-cultures.

(NDRL) Ce très court texte n’a pas la pureté sociologique d’un papier destiné à une revue. La démonstration argumentative est ici réduite à sa plus simple expression. Il ne vise pas à non plus à critiquer « la marchandisation » de la sous-culture techno. Cette notion n’a strictement aucun sens d’ailleurs. Il pose seulement quelques hypothèses de recherche sous une forme littéraire. Celui qui l’écrit porte des Nike, observe des soirées et cherche à interroger ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont fait vivre et continuent à faire vivre la sous-culture techno au sein du monde social.

La sociologie de la culture s’est beaucoup intéressée à la question de l’imbrication entre les sous-cultures et les industries culturelles. Au lieu de les opposer, de nombreux travaux ont bien mis en lumière les dynamiques de récupération, de déplacements et de reconfiguration qui existent entre elles. Bizarrement, cette tradition de recherches a délaissé la question des procédures de singularisation qui visent à associer des produits de grande consommation à un univers sous-culturel.

La sous-culture techno

Précision sur les termes. Nous parlons de sous-culture en reprenant, avec quelques modifications, le sens que le courant de recherches des Cultural Studies a donné à ce concept: une sous-culture est un système de signes, de valeurs, de représentations et d’attitudes propre à une fraction d’individus socialement située. L’intensité de l’adhésion à une sous-culture peut varier selon l’âge, la position sociale, le statut matrimonial ou encore la situation professionnelle.

Les sous-cultures ne sont pas moins cultivées que la culture scolairement enseignée (littérature, arts plastiques, musiques savantes…). Comme elle, la sous-culture techno, la sous-culture hip-hop ou la sous-culture rock supposent des compétences de déchiffrement adéquates, se décomposent en sous-genres particuliers, restent traversées de conflits sur la définition légitime de leur contenu et imposent un rapport au monde spécifique. Néanmoins, parce que leur diffusion n’emprunte pas les instances officielles et légitimes de socialisation culturelle (i.e. école, famille et politique culturelle publique), la reconnaissance de leur valeur symbolique est limitée à des communautés socialement situées.

Si footing au bois, la forme tu auras.

En puisant dans des codes, des répertoires d’action et des textures d’ambiances propres à une sous-culture donnée, la publicité accomplit une singularisation des produits qui les positionne dans un espace culturel. Opération de magie sociale qui ne va pas sans l’évacuation de certaines dimensions. Quand les rues de Paris se transforment en dancefloor, ce sont les lascars qui restent hors-champ. Un simple reflet de la réalité ?

Jeunes en photos

De quoi s’agit-il ? Une expo ? Non. Un blog dédié à la techno ? Non plus. Une campagne de publicité bien sûr.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Une image d’abord. Un assemblage de photos. C’est la nuit, trois jeunes gens, une femme et deux hommes. Ils courent, sourient benoîtement, envoient des sms, déambulent dans Paris, cherchent le quartier République, finissent leur kebab. Ils portent des tenues de sport aux couleurs criardes (bleu, rose fluo, vert fluo). Ils sont beaux. On comprend que l’aube ne va pas tarder à percer, c’est la fin de soirée. Les photographies semblent avoir été prises sur le vif, sans aucune préparation et sans poses. Elles montrent des scènes ordinaires de la vie nocturne, identiques à celles que la jeunesse prend avec son Iphone et poste ensuite sur sa page Facebook pour immortaliser le dernier samedi soir. Ses lieux d’abord: les couloirs dévorés à toute allure pour « choper » le dernier métro; ses postures ensuite: la capuche enfilée pour déambuler sereinement dans les rues, le visage creusé par la fatigue et l’alcool; ses moments enfin: l’épicerie pour se ravitailler, le kebab en fin de soirée. Sur sa main, un jeune homme a inscrit: « Lâche ton run ».

Vous découvrez une campagne d’affichage que Nike a lancée au début de l’automne 2010. Elle est accompagnée d’une série de vidéos visibles sur internet. La lumière stroboscopique que traversent ces coureurs dans leur parcours et le morceau « french touch 2.0 » (dixit un pote) qui les accompagne dans leur déambulation nocturne reproduisent le dispositif du dance-floor. Le temps de cette vidéo, Paris se métamorphose en club géant. Vous en rêviez, Nike l’a fait.

La culture techno comme sous-culture dominante : « On n’a pas d’avenir mais qu’est-ce qu’on se marre. » (un statut Facebook)

Derrière l’objectif de promouvoir la course à pied comme une activité « cool », « fun » et « complètement délire » dans le cadre d’une stratégie de communication cross-média, cette campagne ratifie le triomphe de la sous-culture techno dans sa contribution à la construction d’un imaginaire commun. Pourquoi s’intègre-t-elle si bien dans l’air du temps? Comment est-elle devenue un horizon culturel partagé et partageable? Trois réseaux de facteurs expliquent selon nous la réhabilitation symbolique et politique (cf. Les Etats Généraux de la Nuit) que connait actuellement cette sous-culture.

Le nouvel esprit du capitalisme

Il faut souligner d’abord que la codification morale proposée par la sous-culture techno (individualisme communautaire et éloge de la singularité), l’attitude qu’elle impose (relâchement du corps et disponibilité émotionnelle), ainsi que les formes de sociabilité qu’elle construit (horizontalité des rapports éphémères, fonctionnement en réseau élargi, négation du social, évacuation des rapports de genre et des rapports de force), s’accordent tout à fait avec le « nouvel esprit du capitalisme ».

L'impératif du Fun en Tout a fait de la coolitude le nouvel accessoire de la bourgeoisie

Ensuite, cette légitimation est le résultat d’un processus de vieillissement sous-culturel conduisant les acteurs qui ont fait vivre cette sous-culture à s’insérer professionnellement dans les métiers de la communication (au sens large). Toutes ces « professions du flou » (communication, marketing, design, journalisme, conseil en tendance…), qui favorisent la valorisation d’un « capital sous-culturel » constitué de compétences non-scolairement sanctionnées (e.g. la capacité d’imagination, de mobiliser des émotions ou de construire un réseau…) effectuent un travail de représentation symbolique et de construction des imaginaires.

Victoire de la sous-culture techno

Enfin, la victoire de la sous-culture techno tient aussi à la composition sociale, hybride mais exclusive, de son public. D’un côté, comme la sous-culture rock, elle recrute une fraction toujours plus grande de son auditoire parmi la jeunesse petite-bourgeoise dont le désenchantement social conduit ses membres à prendre au sérieux la fête à défaut de pouvoir prendre au sérieux la vie. L’allongement de la scolarité, la difficulté à s’insérer sur le marché du travail, l’éclatement de la relation d’emploi typique (CDI) et le sentiment de déclassement qui en résulte désorganisent le processus modal de vieillissement social (boulot, femme, enfants, sortie le weekend) et favorisent la prolongation de cet état d’apesanteur social que représente la vie étudiante. Ces jeunes que nous montre la campagne publicitaire courant sans fin (au double sens du terme) est une métaphore pertinente de ce que vit une partie de la jeunesse déclassée. Pas de point de départ, pas de point d’arrivée, pas d’objectif, alors courons. Oublier temporairement l’extension du domaine de la lutte et chercher à étendre le domaine de la nuit.

Le public des clubs, a fort pouvoir d’achat

D’un autre côté, le public des clubs se recrutent parmi les « professions de la créativité » (design, architecture, doctorant en sociologie…) à fort pouvoir d’achat (sauf le doctorant en sociologie). Formant autrefois la clientèle ponctuelle des free-parties (les « touristes »), ils ont réussi leur scolarité (bac+4, bac+5) et se sont insérés normalement dans des professions bien établies, économiquement rémunératrices et socialement valorisées. Pour eux, la sortie au club ne relève pas (ou plus) d’une adhésion sous-culturelle. Elle est intégrée à un répertoire de pratiques culturelles, au même titre que la lecture du dernier Houellebecq ou la visite mensuelle à Beaubourg. Associer le jogging à l’univers du clubbing dans le cadre d’une campagne publicitaire est une manière de mettre en scène les pratiques de « loisir » de ce groupe social.

L'universalité de la nuit... Mythe ? Utopie ? Ou nouveau modèle économique ?

« Vous avez dit populaire ? » (Pierre Bourdieu)

En transformant l’espace parisien en dancefloor gratuit, libre et accessible à tous, cette campagne publicitaire construit une utopie sociale. Ici, tout le monde est le bienvenu. A condition de porter du Nike, Paris vous appartient, comme la nuit et la fête. Un communisme festif en somme: pas de lutte de tous contre tous pour l’appropriation des corps, pour l’accroissement de la visibilité et pour la captation des attentions. Autrement dit, l’ordre de la représentation publicitaire abolit les rapports de force symboliques et la division sociale du travail festif.

Les membres des classes populaires restent à l’entrée des clubs

Dans ce monde, le processus de délégation du « sale boulot » aux membres des classes populaires n’existe pas non plus : pas de balèzes assurant le contrôle social à l’entrée, pas de lascars assumant la commercialisation des produits devant l’entrée et pas de membres de la Police nationale venus les contrôler tout près de l’entrée. Car c’est ainsi : dans la « vraie » vie, celle, beaucoup plus violente, qui se joue en-dehors de la représentation, les membres des classes populaires restent à l’entrée des clubs.

Soudain, devant cette photo, une autre hypothèse de lecture, plus subversive et plus réjouissante finalement: cette publicité ne nous montrerait-elle pas un groupe de clubbers poursuivi par des lascars venus les dépouiller de leur Nike ?

Alexandre Daneau (Contact : alexandre.daneau[at]hotmail.fr)

Ô jeune, il n’y a plus de places pour toi ici ;

Le monde a vieilli, le monde a failli.

Ak47 dans la bouche, entailles sous la douche;

Somnifères dans un lit, cocaïne en boite de nuit.

Il faut partir ; c’est la vie.

(P’tit Bâtard)

Article initialement publié sur : culturedj sous le titre “Culture Club, communication et nouvel esprit du capitalisme (un article d’alexandre daneau)”.

Crédits CC flickr : c-reelGrégory Bastien

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Le salut du clubbing parisien est en banlieue ! http://owni.fr/2010/11/25/le-salut-du-clubbing-parisien-est-en-banlieue/ http://owni.fr/2010/11/25/le-salut-du-clubbing-parisien-est-en-banlieue/#comments Thu, 25 Nov 2010 12:08:39 +0000 Florian Pittion-Rossillon http://owni.fr/?p=28343 Florian Pittion-Rossillon écrit avec brio sur le monde de la nuit, et propose des réflexions et interviews de grande qualité sur son blog Culture DJ

Le clubbing parisien vient de finir son auto-auscultation. Il a fallu pas moins que des Etats généraux de la Nuit Parisienne côté Mairie de Paris les 12 et 13 novembre, et la première édition des Nuits Capitales du 17 au 21 novembre, pour que de nombreux spécialistes s’enhardissent à réaffirmer l’espoir d’un clubbing heureux à Paris.

En précisant qu’en 2010 et la décennie qui arrive, c’est un secteur économique qui pèse lourd dans les villes où il est dynamique. On ne parle donc pas d’un caprice de bobos geignards. Il s’agit en fait de se donner les moyens de mettre Paris au niveau de Londres, Berlin, Rotterdam, Barcelone, Milan, où le New Clubbing en tant que culture épanouie bénéficie au tourisme en tant qu’industrie.

Et justement, à observer les raisons du succès de ces métropoles, on peut tenter une idée folle : l’avenir du clubbing parisien est en banlieue. Toutes les Nuits Capitales ne règleront pas la question centrale du manque d’espace intra-muros. Alors que la petite couronne (92-93-94) est couverte de grues, de friches – et d’entrepôts qui il y a 15 ans ont pu faire le bonheur de quelques free parties. En banlieue il y a de la place, en banlieue on peut faire du bruit, le voisinage sourcilleux de l’acouphène y est moins vif.

Précisions sur ce que recouvre le terme fantasmatique de banlieue, avant que ne s’élève le chœur des pleureuses pour qui la vie se passe dans les arrondissements à un chiffre. Donc, en l’espèce : la banlieue est l’espace géographique entourant Paris (selon Wikipédia, le site préféré de Michel Houellebecq : « La banlieue désigne la zone urbanisée située autour de la ville-centre, cela comprend aussi bien des quartiers pavillonnaires que des quartiers plus populaires. La notion est donc socialement neutre et correspond à une réalité physique. »). La banlieue ne se définit pas par ses mythes : voitures brûlées, combats de chiens, trafics à ciel ouvert. Et à vrai dire, la banlieue, seuls ceux qui en viennent savent de quoi il est question.

Début de solution

La banlieue qui nous intéresse est celle qui est accessible par le métro, donc rapidement et pour pas cher. Issy-les-Moulineaux (ligne 12), Boulogne (lignes 9 et 10), Courbevoie (ligne 1), Asnières (ligne 13), Gennevilliers (ligne 13), Saint-Ouen (ligne 13), Saint-Denis (ligne 13), Aubervilliers (ligne 7), Pantin (ligne 5), Montreuil (ligne 9), Maisons-Alfort (ligne 8), Ivry (ligne 7), Villejuif (ligne 7), Malakoff (ligne 4), Montrouge (ligne 4). Le STIF (Syndicat des Transports d’Ile de France) travaille à un métro circulant toute la nuit entre le samedi soir et le dimanche matin.

Ami parisien, fais-toi violence, vainc tes atavistiques réflexes anti-banlieue et calcule le temps de trajet entre un club, dont tu sors à 6h le dimanche matin, et ton domicile, selon deux hypothèses : 1 : le club est situé en centre ville. 2 : le club est situé près du terminus d’une ligne de métro. Un début de solution fraye alors son chemin entre toutes les couches sédimentées de snobisme anti-banlieue.

La banlieue, seuls ceux qui en viennent savent de quoi il est question.

La banlieue n’est pas loin. Elle est toujours moins éloignée que Londres et les autres. Le chœur des pleureuses se fait toujours entendre ? Le problème ne serait donc pas la distance ? Eh bien non… Le problème, c’est l’offre. Personne n’ira en banlieue pour une offre clubbing similaire à celle qui existe déjà intra-muros. On ne parle pas de délocalisation de l’existant, mais bien de nouvelles promesses festives, correspondant à un nouvel espace.
Pour résumer l’équation du clubbing en banlieue : nouvel espace = nouvelle offre.

Confusion entre rareté et prestige

Du point de vue du public : il s’agit d’une nouvelle offre de prestations, à tous les étages. Artistique, son, confort, accueil, le tout bien mis au carré par une saine équation de rapport qualité-prix. Le public New Clubbing est éduqué, il est prêt à payer, mais il en veut pour son argent. Les limiteurs de son et les prix du bar exacerbés, non merci.

Du point de vue des organisateurs : il est question de nouveaux modèles de contrats avec les lieux. Modèles inspirés de ce qui fonctionne dans le reste de l’Europe, et reconnaissant l’expertise de l’organisateur. Par exemple, le lieu peut fournir un budget à l’organisateur pour la direction artistique et une partie de la promotion. Modèle rôdé… partout ailleurs. Car à Paris les lieux confondent parfois l’intérêt que suscite leur rareté avec leur prestige. Ils fonctionnent parfois encore sur le mode « les lieux se remplissent automatiquement car ils sont rares » + « les organisateurs peuvent subir toutes les pressions car il y en aura toujours pour accepter toutes les conditions même les pires » = « la nuit rapporte ».

Quels plaisirs ?

Un public capable d’aller clubber à 1000 kilomètres pourra aller clubber à 5 kilomètres, mais pas pour retrouver en zone 2 SNCF la même chose que dans les arrondissements à un chiffre.

Reste à définir ce qu’est un organisateur de soirées. Entre expert de la logistique évènementielle et pourvoyeur de fantasmes, le champ est vaste, les réponses sont multiples, les candidats nombreux.

D’où la question : « Nuits parisiennes : quels organisateurs pour quels plaisirs ? ».

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Article initialement publié sur Culture DJ

Crédits photos : FlickR CC jean-fabien

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[ITW] Davy, fondateur de Rewind : la nuit lui appartient http://owni.fr/2010/10/29/itw-davy-fondateur-de-rewind-la-nuit-lui-appartient/ http://owni.fr/2010/10/29/itw-davy-fondateur-de-rewind-la-nuit-lui-appartient/#comments Fri, 29 Oct 2010 10:02:31 +0000 Florian Pittion-Rossillon http://owni.fr/?p=27489 Florian Pittion-Rossillon tient le blog Culture DJ, sur lequel il parle de la vie nocturne de manière décalée et rafraichissante. Il collabore à OWNImusic de manière régulière.

La prophétie annonce que 2010 sera la décennie de la Gloire Nouvelle de la nuit française. Pendant que certains valeureux s’activent côté institutionnel et médiatique, d’autres agissent sur le terrain et proposent enfin des évènements pour la génération New Clubbing. Rencontre avec Davy, tout feu tout flamme, oeil coquin et moue boudeuse en sus.

Davy, tu as créé Rewind (organisation de soirées, booking) et tu es une des figures du clubbing parisien, avec des évènements qui animent des clubs de plus en plus nombreux. Batofar, Nouveau Casino, GlazArt et bientôt La Machine du Moulin Rouge. Peux-tu présenter précisément ces soirées ?

Nous avons trois concepts de soirées très distincts. Il y a les All Naked que l’on retrouve maintenant exclusivement au Batofar avec un style plutôt dirty, fidget (le côté sale de l’electro) avec des artistes tel que Gigi Barocco, Mightyfools, Toxic Avenger… et avec un coté booty puisque de nombreux groupes de Hip Hop participent à ces soirées (Da Krew, Comic strip, Gerard Baste, Panpan Master…).

Les soirées I Wanna Lick It ont lieu au Nouveau Casino. Le style est plus dutch / break / tropicale avec de grand producteurs de la scène electro mondiale tel que Miles Dyson, Sound of Stereo ou Will Bailey, des line-ups plus pointilleux pour une musique qui regroupe aussi tout le style underground du clubbing parisien.

Nous avons aussi les soirées Trash’n’Dirty qui se déroulent notamment à GlazArt. Nous privilégions plus la scène sur ces soirées, avec des groupes tel que Silvouplay ou Dick Lorentz, avec souvent des performances au rendez-vous et un gros spectacle live.

Concernant la soirée de La Machine c’est un projet totalement différent. Nous sommes trois associations réunies : Rewind, Bang Gang et Bass Society. Nous regroupons l’ensemble de la bass music sur 3 dancefloors avec les différents style de l’électro du moment, associés à la drum’n'bass et au dubstep !

Qu’est-ce que tu promets au public qui viendra à La Machine ? Tu vas faire quoi pour que cette soirée soit mortelle et déchiratoire ?

Je lui promets une soirée pleine ! Un programme choux, jambon, pommes de terres, poitrine de porc : une vraie choucroute de l’electro !

Du beat en veux tu en voilà sur tout les styles de la bass music, qui fera trembler les murs et pas mal de surprises. Notamment visuellement sur le mainstage avec une installation scénographique de Mosquito Massala et surtout Mightyfools qui nous reviennent de la Hollande avec leur énergie (l’autre pays du fromage et sûrement un des premiers de l’electro). Aussi en dubstep les talentueux anglais Kromestar et Sukh Night ! Une salle de la chaufferie qui va faire transpirer la drum’n'bass avec notamment Ez-Rollers et DJ Panik. Et le bar à bulles Booty, Trash et Fidget en haut avec tout le gratin parisien de différentes organisations, notamment Captain Cadillac des Booty Call, Nostromo des Rewind, Hybu des Bass Society et nombreuses surprises ! C’est une soirée qui va tacher !

Essentiel que les gens s’amusent

Tu travailles hors de Paris également. Où précisément et comment vas-tu étendre ton activité dans les mois qui viennent ?

En effet, nous avons déjà eu plusieurs expériences notamment dans le sud de la France, dans l’est et un peu partout en fait. Pas mal de projets sont en cours sur différentes villes et salles. Nous avons déjà fait pas mal de soirées sur Toulouse, Perpignan, Dijon. Pour le reste vous le saurez très bientôt !

Nous partons aussi sur plusieurs soirées en Belgique notamment à Liège le 20 novembre. Nous avons à grand coeur de souvent travailler avec les belges, très actifs sur la scène électronique, souvent invités dans nos soirées !

Ton top 5 albums, tous genres confondus ?
Rage Against The Machine – “Evil Empire” ; Phoenix – “Wolfgang Amadeus” ; Mano Negra – “Casa Babylon” ; Bérurier Noir – « Viva Bertaga » ; Svinkels – « Tapis Rouge »

Quel est ton rêve d’organisateur d’évènements ? Ta soirée idéale ?

Mon rêve est déjà de pouvoir en vivre et surtout de durer, et ce n’est pas forcément chose facile de nos jours avec toutes les contraintes que l’on nous met dans les pieds. Il est pourtant essentiel dans une société que les gens s’amusent, se défoulent et puisse jouir de la musique et de la fête. On nous parque et canalise dans certains lieux qui eux-mêmes sont souvent menacés… La France à réellement un cran de retard sur d’autres pays comme la Hollande, la Belgique ou l’Allemagne … et ça se ressent aussi sur les soirées …

Sinon la soirée idéale … Je pense qu’elle n’existe pas ou si elle existe tu dois vite te faire chier, c’est souvent emmerdant quand c’est trop parfait ! Ou alors il faut beaucoup d’alcool !

Tu expliques : “Mon rêve est déjà de pouvoir en vivre et surtout de durer, et ce n’est pas forcément chose facile de nos jours avec toutes les contraintes que l’on nous met dans les pieds”. Est-ce que tu peux donner des détails à ce sujet ?

Ca va de la petite soirée en bar à la soirée en club ou Zénith … Je prendrai d’abord l’exemple des bars avec l’interdiction de fumer , les gens fument dehors , ça fait du bruit , ça dérange et ça compromet ce genre de soirées … En club il y a beaucoup de deals non équitables au vu du travail fait par les associations, certaines combines pas toujours honnêtes , des points de détail qui se durcissent et qui coûtent cher à l’organisateur alors que cela ne coûterait presque rien au club … Et pour les grosses soirées des soucis type sécurité dérisoire et prix exorbitants qui souvent empêchent les autorisations pour organiser… L’electro reste encore le vilain petit canard de la scène française et nombreux sont ceux qui voient la musique et le public d’un très mauvais œil, ce qui n’aide rien à la développer. Que ce soit venant des professionnels, les politiques ou le public.

Le problème #1 de la France

Sur quels points la France est-elle en retard et quelles sont les conséquences ? Quelles sont les solutions ?

La France est en retard sur le professionnalisme, la fréquence et surtout la fréquentation des événements. On peut voir de nombreux français partir régulièrement tous les weekends dans ces pays pour faire la fête … On voit peu d’allemands ou hollandais venir faire la fête en France. C’est dommage car une ville comme Paris à les capacités et les moyens, ainsi que les lieux pour devenir une réelle capitale de l’electro mais hélas les problèmes dont j’ai parlé empêche notamment ce développement … Je ne sais pas si il y a des solutions à part faire évoluer les mentalités mais notre pays est très conservateur et n’aime pas trop les changements … Donner plus de moyens, plus d’ouverture et faire confiance à plusieurs organisations très compétentes pourrait déjà permettre des événements plus intéressants et originaux qui attireraient le public étranger (je pense a des festivals comme on voit en Hollande type Ground Zero, Q-Base, Dance Valley, etc … ). Des collaborations avec des pays étrangers genre bus/pack voyage… sur des soirées et une communication plus basée sur l’Europe que notre pays aussi … même si je pense que certains le font déjà.

Finalement, le problème #1 de la France, c’est les clubs pas gentils, le voisinage pas gentil, les politiques pas gentils, les prix pas gentils ?

Non ça c’est partout c’est le jeu ou le business comme on dit… Mais les pires pas gentils c’est en France !

Dans l’idéal, tu te professionnaliserais en devenant producteur d’évènements ? Comment souhaites-tu pérenniser ton activité ?

Oui, produire des événements notamment. Mais je travaille aussi beaucoup sur les bookings avec mon agence Rewind Bookings afin de développer notre terrain de jeu et nos DJ sur d’autres soirées et essayer au maximum de bouger de Paris aussi. Car je suis de province comme la plus part des personnes qui travaillent avec moi dans Rewind. Nous avons à grand coeur de faire partager notre musique et notre énergie dans les contrées les plus lointaines du pays, et même de l’Europe et l’agence de booking nous permet de pas mal voyager.

En pour durer je pense qu’il faut continuellement se renouveler et garder le fil comme un DJ doit toujours être à la page de la musique. Les soirées, les projets doivent évidemment rentrer aussi dans ce contexte ! Monter en puissance aussi en proposant des événements et des concepts toujours plus novateurs car le public se lasse vite de nos jours et surtout encore et toujours garder la pêche !

Beaucoup de sous-genres electro sont apparus ces dernières années. Fidget, dirty, booty,… Selon toi, quelle tendance faut-il suivre ?

C’est plus des tendances que des styles, tout évolue tellement vite. C’est un courant musical du moment et je pense qu’on peut tout regrouper dans l’electro . On peut ajouter à ça le grime, le trash, la dutch, la tropicale, etc … Et dans un an on trouvera d’autres noms et d’autres styles. Ils se mélangent même des fois dans un seul morceau… Les gens viennent pour faire la fête et danser quel que soit le style, c’est dancefloor donc ça marche ! Mais personnellement je suis plus electro-rock et dirty !

Ton top 5 des tracks de musique électronique de tous les temps ?
Rolando – “Jaguar” ; Daft Punk – “Aerodynamic” ; Vitalic – “Poney Part 1” ; Bloody Beetroots – “Cornelius” ; Paul Kallbrenner – “Sky And Sand”

Tu as commencé dans le hardcore. Est-ce que le string de l’electro sent meilleur que le treillis du hardcore ? Autrement dit, qu’est-ce qui explique cette évolution ?

En fait j’ai commencé dans le rock bien avant le hardcore … Mais concernant le string il est aussi mouillé qu’un bon treillis dans le hardcore. Il sent peut être un peu moins fort, c’est tout.

En fait ce n’est pas une évolution c’est juste une histoire différente … Je pense avoir fait le tour dans le hardcore, trop de soirées, trop de projets, peu de considération et surtout très peu de salles en France dans lesquelles développer cette musique. Le style fait peur … Les soirées devenaient toutes les mêmes et en général j’aime aller en soirée pour faire la fête plutôt que voir des gens faire la gueule, ce n’est pas une généralité mais c’est ce que je retrouvais le plus souvent. Et heureusement ce n’est pas le cas partout. C’est pour ça que j’aimais aller retrouver ce coté hardcore dans d’autres pays comme la Hollande ou les gens savent faire la fête … Or ce coté festif que j’avais perdu avec le hardcore je l’ai retrouvé dans l’electro. Mais quelque part le hardcore c’est de l’electro. C’est juste une branche du grand arbre tout comme la branche dans laquelle je suis en ce moment … J’avais juste besoin de changer d’air en fait, la boucle était bouclée !

Après on peut retrouver dans la fidget les nappes du gabber type PCP avec un coté dance et house, dans le dirty on retrouve le sale du hardcore, avec dans chaque style un coté très dancefloor. C’est un peu pour ça aussi que le hardcore m’a naturellement amené à l’electro, comme pas mal de DJ en fait aujourd’hui.

Incroyable festival en plein Paris

Comment expliques-tu l’importance du public féminin dans les soirées ? Tu fais quoi pour attirer les filles dans tes soirées ?

C’est simple qui dit fille dit mecs… Personnellement ça m’est complètement égal du moment que les gens s’amusent. Mais hélas pour un club il est vrai que pour son image et l’ambiance il faut un équilibre des sexes, même si les filles peuvent rentrer souvent sans mecs … le contraire c’est plus rare…

Mais elles sont souvent plus expressives sur un dancefloor, souvent décadentes et sexy. Ca chauffe l’ambiance et la soirée. Et même si elles sont ridicules au moins on se marre et c’est toujours ça de pris ! Un strip-tease d’un mec par exemple complètement bourré avec la raie du cul et les poils qui dépassent, ça fait tout de suite moins vendeur, même si moi ça me fait bien marrer aussi ! Et pour attirer les filles … Je mets du Axe…

Imagine ton festival de musique électronique parisien rêvé…

Une “Dance Valley” parisienne du coté de Vincennes, le Parc de la Villette ou le Parc de Saint-Cloud sur une semaine avec différentes salles et scènes regroupant tout les styles du moment de l’underground avec spectacles de rue… Le Parc de la Villette serait génial pour ça, avec toute les salles et l’espace vert il y aurait vraiment moyen de faire un incroyable festival en plein Paris, avec de la nature en plus de ça ! En plus c’est à coté de chez moi … ça fait rêver !

Ton top 5 de DJs favoris ?

En hip hop / electro je suis un gros fan de DJ Pone depuis toujours par sa technique, son originalité et son jeu de scène, son coté rock aussi. C’est pour moi l’un des meilleurs depuis l’âge d’or des Svinkels…

J’ai toujours aussi été très impressionné aussi par AK47, il a souvent osé et innové mêlant différents styles dans le hardcore en passant par la jungle, le hip hop, etc…

Sinon j’adore beaucoup aussi Elite Force aka Zodiac Cartel qui joue plutôt breakbeat, qui a vraiment une puissance incomparable. Je l’ai découvert il y a pas longtemps sur un mix 3 platines mêlant beaucoup de genres et j’ai vraiment pris une grosse claque !

Et forcément il y va y avoir 2 DJ de mon crew. DJ Ecarat car c’est réellement un véritable boulimique de tracks, un des seuls sûrement qui est autant à la pointe de l’actualité musicale en France sur un style electro allant de la dutch à la fidget et bien d’autre styles.

Le deuxième serait DJ Nostromo qui a une technique hors pair, pour moi l’un des plus confirmés et efficace sur un dancefloor à l’heure actuelle, que se soit sur un style minimal/techno ou fidget/dirty. Il a un grand pouvoir sur la scène, bref dj c’est un métier et ces deux là savent travailler !

Article initialement publié sur le blog Culture DJ

Crédits photos : Rewind.

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C’est quoi une ville la Nuit? http://owni.fr/2010/05/04/cest-quoi-une-ville-la-nuit/ http://owni.fr/2010/05/04/cest-quoi-une-ville-la-nuit/#comments Tue, 04 May 2010 17:21:16 +0000 Florian Pittion-Rossillon http://owni.fr/?p=14539 Ce printemps, il est très branché de commenter la mort de la nuit parisienne. Et s’il reste quelques idéalistes pour vouloir replacer Paris sur la carte des capitales festives, il faut disséquer le cadavre pour que revitaliser la nuit ne revienne pas à mettre sur pieds un Frankenstein nocturne. Le grotesque, on en a en effet soupé, et nos voisins européens s’en moquent déjà assez.

D’où cette démarche sémantique : que range-t-on derrière ce mot, la « Nuit » ?

Un peu de précision sur les termes employés et les réalités qu’ils désignent. La démarche est d’autant plus utile que les nombreux débats sur la mort du business de la musique focalisent l’attention sur un format spécifique : le triptyque « groupe – album – concert ».

Hors, toute la musique n’est pas le fait de petits chanteurs folk acceptables, toute la production n’est pas égale à un album de 12 titres égrenant les variations spleenétiques de jeunes blancs en jean slim, et toute la musique vivante ne se joue pas sur une plage horaire comprise entre 20h et 23h (23h15 s’il y a des rappels).

La musique est diffusée et se vit différemment, passé 23h. Et quand on parle de la nuit parisienne, on parle bien de ce qui se passe ou devrait se passer dans les clubs. Le désintérêt historique de nos élites culturelles (bien plus passionnées par les commentaires sur le dernier numéro des Inrocks que par le fait de s’agiter sur un dancefloor ) pour le clubbing déforme le prisme d’analyse de la Nuit. Cependant si le Paris nocturne doit revivre culturellement et économiquement, cela passera par une renaissance de sa culture club.

On le sait, il est acquis pour la génération New Clubbing que la fête se vit à Londres, Rotterdam, Berlin, Barcelone.

Le résultat : des clubs parisiens à moitié vides, même les plus prestigieux. Le flux de touristes étrangers vers les lieux bien référencés dans les guides touristiques ne compense pas le volume de New Clubbers français ayant pris le parti du Fun d’Ailleurs.

Et l’ostracisme outrancier pratiqué vis-à-vis de la clientèle locale achève de faire des clubs situés dans les arrondissements à un chiffre des bars à musique pour touristes américains imperméables aux charmes de la programmation. La réponse des clubs parisiens à une crise qu’ils refusent d’admettre ressemble à un baroud d’honneur dont la population locale va finir par se moquer complètement.

Les indices les plus évidents d’une nuit qui meurt, sont donc :

> Quantitatifs : les jauges des clubs culminant à 50% (scores vérifiés depuis 4 mois à l’entrée des lieux, entre minuit et 3h du matin). 50% les grands jours, hein… On connaît des clubs de périphérie tournant à 25% de leur capacité.

> Qualitatifs : une clientèle de passage, peu cultivée, peu impliquée. Tout à fait respectable en elle-même, mais que l’on ne peut considérer comme moteur de la nuit. Et une politique de sélection à l’entrée marquée par une volonté de polissage outrancier.

Les parisiens du jour ne sont plus les parisiens de la nuit

Supposons que la culture club idéale soit un miroir tendu au visage des journées de la ville. Alors Paris refusant son New Clubbing et ses New Clubbers, c’est Paris qui se déteste. C’est une vieille dame aigrie qui crache sur ses propres jupes à défaut de pouvoir atteindre le visage d’une génération festive qui est mieux acceptée à 1000km de chez elle que dans sa propre ville.

Et puisque la critique est acceptable si elle est suivie de propositions de solutions, jetons les ponts suivants :

> Les clubs parisiens reviendront au niveau international lorsqu’ils seront capables de cultiver leur identité comme une marque festive concurrentielle au niveau européen (cf l’approche actuelle consistant à tabler sur un remplissage automatique par des gogos de clients)

> Les clubs parisiens reviendront au niveau international lorsqu’ils sauront travailler avec des promoteurs d’évènements professionnels et connaisseurs du marché européen (cf. l’approche actuelle oscillant entre copinage bisou-bisou et modèles d’il y a 15 ans)

> Les clubs parisiens reviendront au niveau européen lorsqu’ils sauront accepter à l’entrée la population locale (cf l’actuelle sélection communautariste faisant des minets du 16ème et des touristes étrangers les seuls clients acceptés à l’entrée des clubs).

On arrêtera de se lamenter sur la Nuit parisienne lorsque le cœur de celle-ci aura recommencé de battre. Autrement dit, rien à espérer tant que le New Clubbing ne sera pas considéré comme un moteur culturel, un réservoir de croissance économique et un levier marketing pour une capitale vitrifiée par sa religion des musées.

On considèrera correctement la Nuit parisienne quand les élites et décideurs culturels et économiques auront compris qu’une capitale sans New Clubbing digne de ce nom, c’est une ville morte pour touristes sexagénaires.

On se réjouira de la Nuit parisienne lorsque celle-ci sera pilotée par des promoteurs proposant une offre répondant à la concurrence européenne.

Le New Clubbing et ses tenants proposent des solutions – Reste à déterminer qui les refuse encore.

Illustration CC Flickr par when i was a bird

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La nuit parisienne est-elle soluble dans l’Europe? http://owni.fr/2010/03/17/la-nuit-parisienne-est-elle-soluble-dans-leurope/ http://owni.fr/2010/03/17/la-nuit-parisienne-est-elle-soluble-dans-leurope/#comments Wed, 17 Mar 2010 18:35:18 +0000 Florian Pittion-Rossillon http://owni.fr/?p=10277 Lafete

Paris la nuit meurt-il ? Paris la nuit a surtout pris l’habitude de faire la fête ailleurs. La génération New Clubbing va vivre à l’étranger les plaisirs simples d’une nuit démocratiquement festive que la capitale lui refuse. Pourtant, alors que la dictature des programmateurs mous et des fanatiques du DBmètre croit avoir gagné le Premier Prix de Soporifique, des acteurs culturels, économiques et politiques agissent.

Quand même les allemands, pourtant friands de fanfreluches parisiennes, titrent “Paris capitale de l’ennui” dans l’équivalent germanique de « L’Express », force est de mesurer l’étendue des dégâts. En commençant par constater que tout le monde à Paris a acquiescé, très simplement, n’étaient-ce quelques barons de la nuit parisienne en baskets fluos. En 2010, le français pourtant fier admet que le reste du monde ne soit plus aveuglé par les lumières de sa capitale. La population subit une situation que ses élites culturelles refusent d’admettre : la situation est pré-révolutionnaire.

Mais le peuple festif n’attendra pas que les édiles en charge de ses loisirs nocturnes répondent par une énième variante d’évènements aux concepts rincés depuis dix ans. Car le public prend la voiture, le bus, l’avion pour aller faire la fête ailleurs. Le Paris du spectacle ne voit pas plus loin que le périphérique alors que le New Clubbing a fait de l’Europe son terrain de jeux coquins.

Le New Clubbing ? C’est le clubbing revendiqué comme activité statutaire par toute une génération. Le clubber des années 90 entrait dans la nuit par un sas dans lequel il se transformait en créature festive. A la sortie, il revêtait son habit du quotidien. Le clubber des années 2010 revendique ses DJ stars, ses labels de folie, son merchandising de fashion-victim. Le New Clubber 2010 intègre les éléments de la culture club dans la construction de son identité sociale. Quelles pratiques pour quelle identité ?

Le New Clubber (petit frère de l’Euroraver des années 90) assume le rôle prophylactique de ses nuits. Dans une société corsetée par la peur de l’autre (tour à tour l’étranger, le pauvre, le chômeur,…) et tétanisée par la vision anxiogène d’un futur incertain, il subsiste peu d’activités permettant à l’individu de vivre des expériences de plaisir collectif intense qui soient socialement acceptable.

Cliquer ici pour voir la vidéo.


Car le New Clubbing trouve sa force dans la possibilité d’un mélange des genres à la carte, mixture fun aussi paramétrable en amont que génératrice d’imprévus festifs à l’arrivée. Internet et les transports low-cost ont fait de l’Europe un centre de loisirs géant. Le public New Clubbing ne se déplace pas exclusivement pour une programmation. Son intérêt se porte sur la soirée en tant que marque : quelle communication pour quelles valeurs ? Le New Clubber trie ses évènements en fonction de l’amélioration qu’ils procurent à l’identité personnelle. Le collectif propose un sens aux pratiques festives quand celles-ci redistribuent les richesses symboliques dont elles sont constituées. Le Moi festif n’existe jamais mieux que lorsque le Tout dépasse dans le délire la somme des parties.

Le New Clubber est prêt à donner lorsque sa faim est récompensée. Or, que trouve-t-il à Paris ? Des évènements parisiens dont la communication mise entièrement sur des programmations qui n’ont, à l’échelle de l’Europe, rien d’exclusif. Alors, l’évènement perd toute aspérité. Et là où le New Clubber attend d’être surpris, le milieu parisien lui propose en réponse :

- La fête de droite : une version ultra-communautariste de l’entre-soi nuiteux. Négation du dancefloor + admission par origine de classe + sélection ostracisante. La fête d’avant mai 68, d’avant la Seconde Guerre Mondiale.

- La fête passéiste : basée sur le recyclage de programmations faussement pointues vendues par des argumentaires utilisés depuis 2000. Bienvenue dans la Dictature des Directeurs Artistiques Mous. Un mot d’ordre : « Tout sauf la techno ! » (alors que toute l’Europe danse dessus depuis 20 ans). Attention : ne pas confondre les sempiternelles programmations electro-ersatz avec ce qui se fait encore et toujours de plus efficace sur un dancefloor.

- La fête obligée. « Qu’importe la programmation puisque le public viendra » semble être le leitmotiv de lieux qui se sont habitués au pouvoir que leur conférait leur rareté. Cousine de la fête passéiste, elle légitime des prestations situées en deçà du plancher des critères de l’acceptable.

La fête comme confluence de contraintes ? Évidemment, ça ne prend pas.

La superfête

Alors Paris après 23h, c’est Waterloo morne plaine. Des réactions se font jour, pourtant, témoignant d’une vitalité discrète mais tenace de cet esprit de fête que le Paris de 2010 se refuse à proposer à ses habitants et ses visiteurs. Revue non exhaustive des signaux d’espoir:

- Le succès des soirées du collectif Goldrush, fédérant plusieurs générations de nuiteux hétéroclites fidélisés par la qualité d’une promesse d’inattendu toujours renouvelée. Le fondateur et guide spirituel du collectif, Guido, assume la tâche de défricheur et les risques que cela entraîne en termes de programmation. Lequel Guido était au Baron et au Paris Paris avant tout le monde (même avant Darkplanneur). Lequel Guido a lancé quelques groupes et quelques DJ. Discret mais endurant, risqué et nourrissant.

- L’apparition de Bass Nation, agence conseil en stratégie et opérationnel en marketing musical, positionnée sur le territoire des musiques Clubbing / New Clubbing. Fondée par des artistes et des professionnels de la communication, cette agence importe en France les soirées Megarave et en fait la vitrine de son offre de services. Son credo : chaque évènement est une marque autour de laquelle fédérer un public. Les moyens medias font vivre une soirée avant, pendant et après qu’elle ait lieu et ainsi permettent de mettre en œuvre des modèles de développement économique. (Voir  http://partyuniq.com, portail media grand public de Bass Nation).

- Le lancement de Paris Night Life par le CSCAD : Chambre Syndicale des Cabarets Artistiques, Salles et Lieux de Spectacles. Avec Paris Night Life, la Ville de Paris entend redonner à sa nuit une désirabilité qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Ce qui est un label de qualité est aujourd’hui prêt à estampiller les meilleurs packs festifs créés pour les marchés extra-parisiens : le reste du monde, de la province aux antipodes en passant par l’Europe.

- Signalons l’épiphénoménale émergence des Skins Parties, nées de l’imitation de scénettes la série anglaise « Skins ». Des espaces de liberté colorés voire explosifs, rassemblant mineurs et jeunes majeurs revendiquant un nombre d’excès sexuels, alcoolisés et autres. Intéressant en ce que la plus jeune génération en est à se construire une identité festive basée sur quelques scènes agitées tirées d’une série. Merci l’Europe ! (plusieurs branches : skins-party.blogspot.com, skinsparty-paris.com, skinsparty.fr).

Contre l’ennui parisien il existe donc un front du refus, hétéroclite mais aux motivations identiques pour ce qui est de redonner à la fête son rôle central dans la culture de la nuit. Des visions convergent, entre expertise culturelle, sensibilité sociologique et modèles économiques, permettant d’en finir avec le plafond de verre de la nuit parisienne. Et pour que cessent les lazzis de nos voisins européens mieux lotis.

Et pendant que la nuit parisienne se lamente devant son miroir, elle ne voit pas venir la Grande Affaire Festive de la décennie 2010 (et des suivantes) : l’explosion de la nuit de nos régions.

Photo de boule à facettes CC Flickr Nathan.F

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